Poésie surréaliste NotesMat15

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L’affaire Roswell

Il y avait déjà Maldonne quand j’avais hérité d’un sac de sport dont tout le monde se gaussait, maldonne quand l’impérial hasard clabaudait ce matin au fond de mes limbes cérébraux, maldonne quand cette mémoire ravagée ne m’allaitait plus au fond de ces ténèbres, maldonne lorsqu’un full de rois amnésiques, trop obnubilés à s’entretuer entre eux, dissipa cette déchéance sans entrer dans les détails malgré tout ; il y avait Maldonne quand la webcam de l’ordinateur s’alluma instantanément, fit entrevoir la conception des droïdes suréquipés alors que les machines à distribuer le jeu ne renouvelait même plus leur colère démente, leur naissance latente… Machines qui fonctionnaient sans saisir le sens, le but de cette paire d’as, incommodées par la puanteur de mon sac de sport ! Maldonne enfin quand on enrôla d’office cette horde de guerrières : une meute malsaine, divisée en sous-ordre pour pirater les ombrageux scepticismes, leurs fantasmagoriques placements de produits et tout le reste…

Betty était vraiment resplendissante dans sa robe de plumes échancrées, et pendant tout le dîner je n’avais d’autre envie que de la regarder ; même ces nuages noirs qui recouvraient les cieux éléphantesques de leurs ailes de ténèbres n’étaient pas aussi intrigants. Dans le sac de sport en question, il y avait un organe de Roswell sous cellophane qui était en train de pourrir, là-dedans.

Elle n’était pas revenu depuis Thanksgiving et j’avais eu le temps d’examiner en détail l’organe de Roswell ; avec le temps, on finit toujours par changer d’avis. Dépassant la limite du supportable, l’organe même caché dans mon congélateur schlinguait à mort, sa couleur avait viré au noir maussade. C’était peut-être le foie ou le pancréas de Roswell. Et il avait laissé dans le sac de sport une flaque brune et vaseuse où des germes hautement toxiques avaient pullulé, je m’étais résolu à brûler le sac dans le jardin prétextant à mon voisin que mon chat était devenu trop malade et tandis que les flammes finissaient de tout consumer, je retournais dans la maison voir si l’organe avait dégivré, j’en profitais pour le passer au micro-onde et, avant que la sonnerie retentisse, dans la pièce froide et austère de la cuisine où l’organe réchauffait, une silhouette vaguement humanoïde passa furtivement, il émanait de cette créature abjecte quelque chose de si brut, de si primitif qu’elle semblait à peine humaine. Je la suivais précipitamment dans le salon mais elle n’était déjà plus là, je renonçais à la traquer et quand je revins dans la cuisine, l’organe avait disparu, il ne restait qu’une odeur nauséabonde…