Poésie surréaliste NotesMat15

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Les slips kangourous de Lautréamont !

Le soleil affriolait le territoire des kangourous et, de l’autre côté du pacifique, il orangeait le ciel en dévalant les collines de Big Sur. Les juvéniles araignées, dans leur couveuse, ensevelissaient leurs œufs que la Joconde avait ultérieurement fécondé. Les poèmes de Lautréamont s’en étaient enorgueilli et à l’heure où la neige était piétinée dans les caniveaux, il était revenu à l’état de larve…

Dans une autre dimension, ses slips kangourous s’aggloméraient dans la remise où il avait l’habitude de se masturber ; et à la place de cette moiteur torride qui régnait dans sa demeure, il y eut cette sombre apparition de la Joconde dans la pénombre lorsque les amas neigeux s’accumulaient dehors ; partout dans sa ville on ne jurait que vengeance, que punition, les gens débitant de monstrueuses conneries plus que d’habitude…

Mais ils savaient mourir, ces braves citoyens, leurs univers plaçant le labeur comme la seule chose pouvant casser les lois de la gravité. Des gags scéniques, presque cosmiques, sûr c’était bien avant le jour des gens que le poète parisien avait frappé de son aura malfaisant.
Et qui, d’Aristote jusqu’à l’époque bénie de ces simplets, avait tout fait pour croître, sa sensibilité artistique étant désormais pareille à celle de l’héritier des Flynn que la pureté du cristal s’obstinait à rendre toujours davantage fumeuse ! Mais la solidité kafkaïenne du quartz était aussi à citer dans son alchimie du verbe, et malgré tout très attentive pour ressentir sa douleur. Il ne restait plus qu’à visionner un film de Kubrick pour comprendre les dernières velléités du poète et ainsi nous serions débordant d’énergie, dégoulinant d’amour propre, un amour propre cependant en train de pourrir parmi les souches mortes de l’angoisse existentielle, parmi les joncs vaguement sur le point de crever, et l’hérédité des Flynn nous appartiendra alors entièrement !

Et toute cette prose qui aurait pu voler la vedette à la poésie de Lautréamont, ne raconte qu’en fait qu’une équipée sauvage en jeep et voulait en vérité seulement décrire le panorama qu’on voit depuis les collines imprenables de Big Sur. (Où l’on entend encore le jazz que Kerouac attribue au silence feutré et dense de ces lieux bercés par un climat chaud, tropical.) Et plutôt que de me préoccuper du niveau de la jauge de peur de tomber en panne, j’ai abandonné la jeep dans un marais et j’ai marché longtemps, longtemps avant d’élire domicile là-haut : là où les plantes et les herbes me permettent de passer à la fabrication de l’Hélicéenne. Fastueusement fabriquée, cette drogue me fait aujourd’hui songer que j’ai volontairement éclipsé mon jargon pour des stances de malandrins. Et je pense, en écrivant ces lignes, que les slips kangourous de Lautréamont sont en ce moment en train de sécher tandis qu’il rêve à attiser le feu du monde d’un énième délire : un délire de poète maudit, empruntant son vertige carnavalesque à tous ces personnages haut en couleur rencontrés lors de ses virées nocturnes.