Poésie surréaliste NotesMat15

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Le miracle

Le miracle était annoncé… je me souviens que, sur une autre planète, l’infini et l’éternité avançaient en entremêlant des éclairs apocalyptiques dans le ciel ; et jusqu’au croisement des routes où la musique s’effilochait sans nous dévisager, les amants en string de noces avaient fini par se marier ! Ainsi, les confiseurs de bleuet pouvaient humer leur succion du vide, qui s’empourprait dans la pénombre.

Les tasses sur leur nappe riaient en montrant au fond de leur abîme des insectes striduler follement ; et je me souviens aussi qu’au fond des bois, mutuellement leurs regards furtifs se croisaient. Il s’agissait d’un homme et d’une femme vêtus en tout et pour tout de robes de bure noires qui alimentaient un vaste feu de bois. Elle était à genoux et lui accroupi et coupant du bois. On croyait naturellement que les échancrures le long de leurs robes n’étaient qu’en passe de révéler le galbe de leurs jambes nues.

Cependant, petit à petit, ils se déshabillaient habillement tandis que je reniflais sous un soleil déclinant et humais un vin de Xérès lymphatique. L’aube, dans mes cheveux, décrochait les unes après les autres d’obscures, d’absurdes, de verticales, d’inefficaces larmes sur la nappe de la table – la table où il y avait les fameuses tasses riantes –

Un vin de Xérès qui fit descendre à grande vitesse un dieu d’érables et celui ci retira l’échelle quand d’autres éclairs de phosphore firent venir la manne promise… la manne ? L’espace et le temps attendaient que le hameau s’éveille ainsi que son terrible tremblement de terre pour la dévoiler ; et dans mon coeur d’artichaut, à présent, le vin étincelait sans perdre une goutte de cet automne où les pommiers en fleurs eurent beaucoup d’enfants – quelle vertueuse idée ! Et tant pis pour les deux stars qui s’éparpillaient en essayant de cueillir ses pommes !