Ah la mythologique scène où Claire Castel mélangeait la médiumnité au service du porno avec d’autres incohérences du synopsis original, sans autre forme de procès ! Elle se dénudait et les acteurs se déboutonnaient, obéissant à la procédure ; pour ce film chaud comme la braise, la cahute où ils jouaient n’était pas de grand standing, malgré tout il y avait les instruments nécessaires pour extraire des souvenirs impérissables de la mémoire exosomatique universelle : des instruments en ferraille blanche qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau à des poinçons de chirurgiens du dix-neuvième siècle (et le clystère chère à Claire Castel pour ses lavements au niveau rectal appartenait à cette grande famille.)
Les Précogs quant à eux avaient déjà pris de l’avance, présageant que Claire Castel serait assassinée dans sa baignoire après le tournage ; et ils tremblaient sous l’effet d’une fièvre intense comme si leur prémonition du futur n’avait été qu’une vision de plus en plus angoissante ; en effet, les lignes de code de l’ordinateur rassemblant leurs données s’étaient affolées et avaient fixé le crime au dix avril deux-mille-vingt-trois… mais il y avait d’autres aspects qu’ils ignoraient, comme cette crémation dans la cahute où le court-métrage avait été réalisé. Des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains rêvaient de voir Claire Castel dans leurs mangas, ils se seraient sûrement gaussés si ils avaient vu le lieu de tournage cramer et auraient conclu après l’incendie que seule la force obscure du yin aurait pu éviter ce drame, cet événement qui turlupinait quand même le côté divin du yang.
Les programmes informatiques qui énuméraient tous leurs appels téléphoniques de Claire Castel avant son meurtre s’étaient aussi coltinés les films où la féminité de l’actrice désormais défunte se rabibochait avec son versant masculin ; féminin comme cette pacotille qui faisait office de disques durs pour les précogs. Et de la pacotille, il y en avait aussi, sous ce soleil radieux d’Arizona, quand les enquêteurs s’interrogeaient sur l’origine des cinq branches du pentacle dessiné dans la salle de bain de la cahute ; mais ils ne s’étaient guère attardés sur ce détail… Cette nuit, silencieusement, j’écris, quand soudain, sur l’écran de l’ordinateur, s’est arrêtée cette image aussi violente que incestueuse, je suis sûrement dupe d’une hallucination à force de penser à Claire Castel, à force de cogiter comme s’il s’agissait autre chose que d’un rêve de précognitifs ce texte s’inspirant de Minority Report.
