Je déduisais qu’elle s’était débarrassée de ses démons tandis qu’elle prenait un bain brûlant, presque inconsciente, en rêvant d’îles à conquérir ; la guitare désaccordée de Kurt Cobain avait disparu pendant que les incubes s’atrophiaient sous sa robe, et grenouillaient dans l’eau chaude qui était restée dans la baignoire. Ce Scentless que Nirvana jouait était décidément trop hors-jeu pour nous donner le blues, pas assez courageux pour cascader les toits continûment enneigés de la ville, ou trop érotique pour ne pas perdre cette occasion de maculer fervemment les draps du sperme des incubes !
Alors je patientais. Et les petits souverains du néant crépusculaire se pavanaient et célébraient notre vie de bohème, happée quelque fois par la colère antagoniste des incubes, ces démons boulottant les dernières reliques d’un cadavre commençant par ses bras, ses jambes, puis ses doigts… Manquant à l’appel il restait ce clown grimaçant sous l’évier quand le soir tombait douloureusement, mais pour lui il devait mieux rester caché s’il ne voulait pas se faire liquider par cette meute de démons à tête de caïman. J’avais l’intime conviction cependant qu’il était en mesure de braconner sur les terres de ces diablotins et même les amants qu’ils avaient blasphémé en incendiant leurs cahutes de désirs, d’idées comme des Strip Pokers bestiaux, étaient réapparus sous une forme imprévisible : leur évanescence avait pris fin lorsqu’ils s’étaient réincarnés dans cette même salle souterraine où on avait été aussi harangués (par des peuplades de grabataires se défaussant de toutes leurs cartes lors de ces parties de Strip Poker.)
