Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Des métaphores sous les gravats

Dans le quartier où l’on ne voyait que des Rolls-Royce, l’Esprit des univers aux tentacules qui grappillaient des métaphores visuelles, avait dissipé les vieux malentendus. Les malentendus qui foisonnaient dans les romans des cinéastes et qui avaient choisi comme domicile céleste une marmite pleine de rubis ou un simple asile d’aliénés.

Sur leur trente-et-un, les Rolls-Royce avaient peur de ces grands brasiers que les métaphores allumaient, sans doute uniquement pour affirmer la place du feu. Ce feu, dans les ténèbres, pour honorer tout ce temps perdu à rester sage et conformiste… et cette époque où elles étaient tellement belles, tellement jeunes, tellement folles au point de dénouer les cheveux de leurs victimes de ces rubans cousus avec du fil d’or !

Sous le pâle soleil du matin, il y avait aussi deux chaises longues à l’abandon, et un peu plus loin où l’herbe avait poussé, des ombres que les azalées noires affaiblissaient étrangement : les fantômes des amants qui avaient sûrement délaissé ces chaises pour admirer leur ultime coucher de soleil. Des paons lourds de peine et d’une blancheur laiteuse surprenante se frayaient un chemin parmi ces ruines. Peut-être que ces spectres n’allaient pas se cantonner à ce lieu de désolation, mais les carcasses brûlés des Rolls semblaient les contenter comme abris. Ils savaient aussi qu’il y avait, si ils devaient partir pour le lointain, une petite maison retiré, une paisible thébaïde, où des histoires, tantôt oubliées, tantôt révélées au grand public, les attendaient pour les cannibaliser…