Cherchant à entrer en symbiose avec l’implacable émeute qui se déroulait dehors, les verres tombaient et se brisaient ; les seringues craquaient sous les semelles, les costumes étaient arrachés ; on entendait des grognements, des cris, de plaisir sans doute, qui bravaient la graveleuse pesanteur de la fournaise urbaine… Les gens buttaient sur une volée de détritus ; et les vieux films commençaient à se superposer.
Les vieux films ? Des courts-métrages dérisoires d’amateurs, démarrant leur scène initiale par ce frêle espoir de générer et de voir un nouveau monde suite à ce trouble de l’ordre public… Et sur les murs où ils étaient projetés, ils composaient, avec les célestes volutes de cette agitation dans la rue, des constellations de poussières… en ce début de désordre, d’autres fêtards masqués continuaient à entrer sans être annoncés dans la demeure des Frères Lumière ; ceux-ci avaient vraiment inventé quelque chose de désastreux mais les noceurs ne s’en insurgeaient pas ; ils comprenaient que les deux frères n’avaient vraiment rien à se mettre sous la dent, l’invention du cinéma n’étant apparue que pour mieux bambocher avec des filles chaudes et dénudées exécutant des danses guerrières, et qui les ovationneraient peut-être un jour quand ce sera le moment de sortir des bobines une succession d’images noircies.
