Poésie surréaliste NotesMat15

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Les vies antérieures de Francis Ponge

Nos vies antérieures, je les avais examinées à la loupe tout en écoutant l’histoire que les silhouettes, tapageuses et désirables, nous murmuraient dans le noir ; une histoire qui nous désarmait comme Le Parti Pris des Choses de Francis Ponge, et de nouveau on avait crapahuté le long de la rue du Lys pendant que le ciel devenait noir. Noir comme le saccage d’un monde différent du nôtre et sortir à une heure pareille était à l’opposé de ce qui m’occupait l’esprit ; je me tenais à l’écart de notre bande, me souvenant que l’univers d’où j’étais né et d’où je venais était apparue d’un mal saccadé épargnant les chiens, rien à voir avec ce spectaculaire chaos qui ne laissa après son passage que des instructions pour améliorer la vie des plus démunis et qu’on n’évoquait qu’à voix basse, les heures passées à s’inspirer de sa sagesse s’effaçaient déjà de notre mémoire. C’était comme si l’illustre carnage qui suivit avait enseveli tous nos souvenirs et nous savions qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. Mais l’ancienne pesanteur de nos vies antérieures s’évanouissait tout en galvaudant tout ce qui nous condamnait à l’isolement !

En demi-cercles irréguliers, elles avaient disposé au pied des murs quelques décorations du Coran et Ponge tout en s’occupant des cages où roucoulaient des perruches, avait tout gangrené : même les composants sémantiques de nos discussions ne prêtaient maintenant plus qu’à sourire. Il disparut soudain avec une drôle de voix off. Un froid polaire nous recouvrit et je sentais que sa main droite fouillait encore le sac contenant les oeufs. Des oeufs fécondés par un monstre presque invisible qui se débattait avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint, mais elle était en manque de puissance. Sa force résidait, lorsque les bottes avaient fini de faire du foin, dans cette aura de lumière que l’armée des poussiéreuses vies antérieures avait infiltré… Elle faisait partie d’une élite qui avait dessiné méthodiquement l’architecture spirituelle d’un sanctuaire et n’en transcrivait malgré tout nul verbe, nulle formule leur permettant d’amorcer leur mutation en larves de reptile noir…