La déesse Kali au Bengale venait de faire un saut périlleux dans un lac aux couleurs d’acier vert et les esprits dérangés, psychotiques, torturés étaient entrés en communication avec la déesse noire de l’hindouisme. Les statues avaient cillé, les chiens qui dévoraient ce qu’il restait des enfants perdus et abandonnés guettaient encore d’autres proies, les faïences et les majoliques du sanctuaire de Kali étaient tombées dans un fracas à perpétrer des crimes à la David Fincher, avaient volé en éclats, et les tessons de verre avaient volé… Les Esprits s’étaient évaporés, ou s’étaient tous noyés dans le Lac où Kali avivait les regrets des pêcheurs.
J’avais alors pensé qu’on pouvait les remplacer par des majorettes de type lambda.
Des majorettes dont la perspicacité en avait choqué plus d’un. Et puis il y avait ces histoires de revenants, chiquant un tabac à mordorer des fontaines de jouvence autour d’un vaste feu de bois. Autour de nous, il y avait beaucoup de monde qui gravitait mais aucun n’avait eu cette audace folle de ridiculiser l’Ouvrage de Kali en l’éventrant d’arguments socio-philo-politiques. L’Ouvrage ? Un manifeste que des nuits presque blanches, ourlées de blues oniriques, avaient exhalé parmi les fumées bleues qu’on voyait s’élever du lac où Kali avait fait sa première apparition ; ce fut un matin de décembre et les Esprits destructeurs qui accompagnaient Kali venaient d’exciser le clitoris de quelques insectes mal aimés parce qu’ils harassaient les meutes des chiens répandant la terreur dans ces contrées obscures… Des chiens qui miaulaient comme des chats et le diable en personne en était impressionné, ce fut à ce moment-là que mon cauchemar prit fin. Le territoire redevenait sous le joug des joutes humaines banales.
