Poésie surréaliste NotesMat15

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Un mystérieux ordinateur

Les mygales se contorsionnaient, les elfes et d’autres fouines, comme absorbés par des contemplations psychédéliques, avaient fait flotter dans l’air un parfum de Minsk et l’Ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 produisait un bourdonnement déconcertant chaque fois qu’un Projet était déclenché. Bref c’était presque un jour parfait, un Noël ensoleillé et on ne perdait pas une minute pour plonger dans les méandres cérébraux de l’inventeur de cet ordinateur exclusivement destiné aux ouvrages littéraires… Il avait laissé un manuel ésotérique, hermétique que je tentais de comprendre avant d’allumer ce système informatique d’un nouveau genre.
L’Ordre des Obscurantistes agaçait le Minotaure, leurs clients fanfaronnaient gentiment parce qu’ils retrouvaient leurs vingt ans dans un corps de vieux en mâchant une étrange hostie et les motels de Mycènes étaient pleins à craquer parce qu’ils accueillaient cette délégation… le système politique ne savait guère de choses de ce nouvelle secte et encore moins songeait-il à savonner la pente des lascars et des zonards qui entretenaient le marché parallèle avec leur aide financière. Les mygales avaient saupoudré leur tapis rouge en pondant des oeufs, qu’on retrouverait plus tard dans les contreforts alpins et Zurich imitait Minsk qui étourdissait ses habitants avec des odeurs de muscade…

Après avoir détruit l’Hélicéenne en poudre, j’étais atteint de myopie mais d’un calme olympien j’arrivais malgré tout à éteindre l’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7, le logiciel venait de s’installer ; je fermais doucement les yeux et sombrais aussitôt dans une torpeur agonisante ; lorsque je me réveillais, la lune était encore là ; au JT rediffusé la nuit, on m’annonça qu’une armée d’Obscurantistes avait envahi Jérusalem ; une poignée de peuples guerriers et de mercenaires nordiques s’était emparée de la ville sainte ; et au petit matin, quelques heures plus tard, nimbé encore du rayonnement pâle et lunaire, le silence m’aida à me ressouvenir de cette discussion virulente avec l’inventeur et les obscurantistes. Un rayon de soleil agaçant perça et me rendit amer « quand je pense qu’ils voulaient eux-aussi m’entuber avec de l’Hélicéenne coupée avec davantage de drogues de récupération alors que c’est moi qui devais me farcir tout le boulot. »
J’essayais d’oublier cet épisode désagréable. Mais plus je négligeais à rentrer dans les détails, plus je me disais qu’ils ne leurs manquaient que l’uniforme SS des nuits de cristal, et que leur déguisement de médecins en temps de peste n’était pas assez dégoûtant pour proclamer que l’habit fait le moine ; ils étaient étrangement caparaçonnés dans un attirail assez fantasque : une longue tunique faite en lin, descendant jusqu’aux chevilles et enserrant leur tête dans une cagoule, d’un masque en forme de bec ressemblant à un oiseau, de gants, de bottes et de jambières, d’un chapeau noir à large bord et d’une longue cape noire. Et le tout avec leurs bésicles de peste intégrées au masque.
C’était finalement peut-être mieux ainsi parce qu’ils ne créaient jamais ni la polémique ni le tapage quand ils venaient rendre visite aux Précogs du centre psychiatrique, un je-m’en-foutiste royal régnait dans cette contrée où l’on s’intéressait davantage à l’arrivée des Éradicateurs mystérieusement inconnus.
Le ciel avait une teinte délavée, et le cosmos qui savait tout d’avance anticipait déjà la chaleur de l’âtre des fourneaux. Désormais commercialisé à grande échelle, l’Ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 avait été ensuite introduit dans tous les milieux artistiques.
Je fis tourner son disque dur, tranchais les phrases qui étaient codées selon une recette secrète et -clac- toutes les approches stylistiques des textes en prose -textes de fiction et textes non fictionnels- s’affichèrent sur l’écran, avec des descriptions détaillées et morbides de cette drogue qu’on appelait l’Hélicéenne et ses effets à mystifier toute une génération.