Poésie surréaliste NotesMat15

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Dark

Dark. Premier chapitre.
Depuis des mois, j’étais en rogne, je n’arrivais plus à dormir. Quand je me couchais, j’entendais, des profondeurs, le Soldat d’Ys. Je ne comprenais pas non plus les autres.
Mes récepteurs olfactifs étaient déjà bien foutus : j’aurais pu baigner dans la merde, une vase pleine de sangsues nauséabondes, et ne rien sentir.
Il faut dire que le Soldat d’Ys avait donné du fil à retordre aux enquêteurs, dont je faisais partie et les commerçants et les patrons des hôtels d’ici le maudissaient car l’affaire avait éclaté en pleine saison touristique. Pour ma part, je me contentais de tirer sur mon joint, prétextant que les individualités égoïstes ne m’intéressaient pas.
Et puis j’allais commettre un acte répréhensible par la loi, un meurtre crapuleux de la couleur la plus noire ; c’était le prix à payer pour pouvoir approcher le roi des clowns, des renégats.

Il y a eu une invasion de clowns renégats, annonce la speakerine. Ils ont envahi le hall du bâtiment de la mairie. Leur roi sommeille dans un wagon à bétail en attendant de nouvelles recrues. Ils doivent utiliser des talkies-walkies pour parler avec leur souverain. On raconte que, jadis, au bout de deux heures de marche dans une galerie souterraine, ils auraient enfin retrouvé l’anneau du Soldat d’Ys symbolisant la réunification de son pays avec le nôtre. Cet anneau doit être aujourd’hui couvert de rouilles, mais il paraitrait qu’il possède encore de sombres pouvoirs…
L’affaire en cours avait remplacé ce feuilleton à la télé. Les enquêteurs poursuivaient l’idée tenace de comprendre l’énigme, préoccupés par l’émeute que le souverain avait générée… Ses mercenaires déglinguaient un par un les quelques flics qui s’approchaient trop près et son ventre reposait en ce moment sur la moquette verte d’un train qui s’éloignait pour la cité d’Ys, ville fantasmagorique célèbre pour sa jungle babylonienne et pour avoir abandonné leurs trésors avant même d’avoir sonné le tocsin et ainsi même la horde des clowns attardés était revenus de cette rafle, lourdement chargés des métaux précieux de cette cité lacustre. Il était en ce moment à plat ventre, et il rêvait mais il savait que tous les rêves n’étaient que des appels de l’au-delà ; et quand il rêvait, il avait le pouvoir omniscient de tout savoir (mais seulement quand il rêvait) et il savait qu’en arrivant sur le territoire d’Ys la neige qui tombait en rafales ralentirait sa clique… Alors en continuant son sommeil paradoxal, il remuait et avait délaissé la seule couverture dont une hôtesse du train l’avait couvert, il remuait en se rebellant car il n’avait aucun moyen de changer la donne.
Il avait ordonné à son gang de pervers de perpétrer l’assaut barbare contre le repaire du soldat affamé d’Ys mais la tempête dehors contrariait ses plans. Est-ce que le Soldat était déjà mort ? Est-ce qu’il avait caché quelque chose avant sa mort, quelque chose comme une drogue puissante, capable de mieux appréhender les phénomènes paranormaux ?
En surimpressions fugaces dans le wagon d’à côté, des punks qui n’étaient pas bien loin et qui copulaient avec leurs chiens et leurs ombres menaçantes, avaient remarqué tout de même les nécroses et tous les endroits putréfiés du corps du souverain, il l’avait d’abord croisé sans faire attention à lui, c’était avant qu’il s’écroule ivre mort en revenant de la voiture bar.
À mesure qu’ils se rapprochaient du corps, j’en profitais pour fouiller ses affaires, je cherchais des clés, les clés de son hangar où ils stockaient d’énormes quantités d’uranium pour une raison mystérieuse, je les trouvais au fond de sa valise noire tandis que les punks commençaient à paniquer, n’arrivant pas à réanimer le roi des clowns, des renégats…
À suivre.