Quand les jeeps s’embourbaient au sommet du col de l’Izoard, le monde, leur monde, avait dévié déjà et nos os s’élargissaient, nous étions alors mobilisés pour faire souffrir des enfants, des naïades sans couronne… Et les rigoles des petites ruelles où l’on voyait des navires fantômes, ou des vaisseaux spatiaux qui avaient chavirés, se réjouissaient de cette scandaleuse affaire !
Striées de lumière blanche, les pensées, les colchiques de Jack étaient effrayées par tant de beauté ; cette beauté qui s’était drapée des haillons de leurs mondes celtes ; leur cœur de pierre avait aussi chaviré quand nous avions commencé par fertiliser abondamment leurs terres ; puis les plantes et les cactus du diable donnant le mezcal, la séminale avaient fait éclore des profondeurs que les voies lactées nous enviaient. Au-dessus, ou en dessous de ces profondeurs, les coupoles de nos immeubles qui avaient abrité le Projet Chaos, menaçaient de s’effondrer ; mais la révolte enflait, on avait déjà pendu les deux frères qui les avaient fait naître, ces Êtres difformes et grotesques.
Quand nos jeeps s’embourbaient au sommet du col de l’Izoard, ils n’étaient qu’à deux heures de marche mais on devait encore traverser une jungle luxuriante, pas sûr qu’on arriverait à trouver ce que nous cherchions ardemment. Ce jour-là, je me souviens, entre deux pannes, j’étais en train de lire Une Saison en Enfer et dire qu’il restait encore les fleuves jaunes et impassibles à franchir. Cependant, sur le chemin, des statues d’éventreurs érigées à notre gloire me remontaient le moral.
Les cavaliers qui nous suivaient tant bien que mal avaient malgré tout semé les caravanes et les éléphants qui s’embourbaient comme nos jeeps dans une mare de boue ; et avant de s’extraire du bourbier, leur unité était déjà mat en seulement quatre coups… les voyages fantasmagoriques, on disait, formaient la jeunesse, mais le périple pourtant aurait très bien pu s’interrompre prématurément lorsqu’ils commencèrent leur travail de sape en infectant nos bases de données métaphysiques et virtuelles avec des virus informatiques jusqu’à présent inconnus.
Quand tous ces possédés reprendront du service, j’étudierais minutieusement les pensées mystiques de Jack, leur roi, car sans moi il ne pourrait que hanter les bars où une armée d’ivrognes enfantera milles tragédies de malandrins, sans jamais parvenir à séparer le bon grain de l’ivraie. Et on entendra les clochettes de leurs brebis qui reviennent, et d’autres animaux dont la vie dépravée se consumera avant même qu’on en soit scandalisé !
