Poésie surréaliste NotesMat15

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Les cendres d’Angela.

Lorsque ses vœux furent exhaussés, les ventes aux enchères comme les ventes à la sauvette s’affolèrent et les avenues comme les rues connurent des jours de grande révolte. Mais sans en payer le prix elle continua de demander au génie des choses extraordinaires, presque impensables et Angela découvrit avec surprise deux anciens portefeuilles en crocodile avec des liasses de billets à l’intérieur quand elle rentra chez elle… et tandis que les alligators et les caïmans dévoraient les gens qui n’étaient pas restés sagement dans leur appartement, elle ouvrit prudemment les fermoirs en laiton, et aperçut, en plus des liasses de billets, la vieille photo en noir et blanc d’un écrivain qu’elle ne connaissait pas.

Il avait écrit ce scribe sur un carnet en cuir usagé des mots en langue étrangère, c’était peut-être un dialecte de Papouasie mais Angela préféra s’intéresser à la bouteille de vin rouge millésimé que le génie lui avait offert et dont l’étiquette avait beaucoup souffert.
Puis, plus tard, le génie imagina pour elle une vie féerique de courtisane ; à séduire les plus beaux partis au milieu d’un capharnaüm de libertins, elle n’allait pas rester là, cloîtrée sous les dômes byzantins qui avaient les couleurs d’outre-tombe des cygnes noirs… Pour des aventures fantasmagoriques et des amourettes délurées, la route l’attendait.

La route l’attendait et prenait au pied de la lettre ses mots souvent rares et complexes, car elle avait emprunté son champ lexical aux listes sans fin du carnet en cuir. Et elle se coucha très tard, fit des rêves fiévreux où elle se perdait, comme Alice aux Pays des Merveilles, dans cet étrange classement, ce fourmillement de ratures et d’images, et quelque chose ou quelque créature imaginaire lui chuchotait à l’oreille qu’elle tenait à présent l’aboutissement d’une méthode d’écriture novatrice et surtout d’une invention farouchement gardée sous clef !