Une danse inouïe dans la boue, puis des questionnements… Une douleur lancinante. Puis la nuit à Mandeville capitula. Ariane avait compris son pouvoir inexorable. De nombreux sacs en carton, couvrant la tête des danseurs aborigènes, témoignaient qu’on était bien dans le folklore. Je remontais la rive du fleuve de la vallée de l’Asaro quand je vis le spectacle ; d’un geste de la main, Ariane dépoussiéra ses bottines de cuir et quand nous rentrâmes dans sa cahute, dans l’air flottaient les effluves des verres de rhum, et on discutait toujours de cette danse dans la boue, surtout du moment où un sauvage avait essayé d’en étouffer un autre et qui fut piétiné impitoyablement par cette danse enfiévrée… on pouvait se fier aux effets de l’Hélicéenne, cette drogue dont on serait prêt à se prostituer pour s’en procurer.
Et j’imaginais qu’à la télé on glosait maintenant sur l’inefficacité des recherches menées jusqu’à présent pour combattre cette criminalité. Et, à cause d’un courant d’air, la poussière voltigea à ce moment-là et retomba sur un tas de vieilles poupées vaudous. Elle vit alors, en un éclair, un œil de type lapon apparaître parmi les amas de poussières qui voltigeaient. D’abord terrifiée, elle examina d’un peu plus près mais il n’y avait rien, ça devait être sûrement une hallucination qui s’ajoutait aux autres, comme la fois où elle avait vu s’afficher sur son iPhone la réclame d’une neurotoxine, encore plus puissante que l’Hélicéenne.
Mais pour l’heure on devait rallier le Nord de Mandeville. Nous sortîmes au clairvoyant crépuscule et prîmes deux bécanes, et en se frayant un chemin parmi les fumées nocives des fêtards on arriva dans un squat bien plus qu’à l’abandon…
D’un geste de la main, elle dépoussiéra ses bottines de cuir impérial tandis que dehors des nuages inquiétants blanchissaient de leur lumière crépusculaire les visages de la tribu et dans l’air ne flottaient plus les effluves des verres de rhum, mais des vapeurs d’essence… Et pendant qu’à la télé on brossait des portraits de tueurs en série à Mandeville, maintenant les rues étaient désertes et cela affligeait les politiciens de la contrée, et même des scribes qui décrivaient l’ubiquité de la poussière voltigeant par dessus des voyageurs voulant passer incognito dans cette ville, non loin des cases du village de l’Asaro. Ils devaient, je crois, se contenter de faire disparaître des gnomes qui devaient à cette heure les avoir repérés, étant trop visibles pour adhérer à cette sagesse ancienne : pour vivre heureux, vivons caché. Ils me dégoutaient aussi, je les accusais de semer le trouble, la confusion dans mes affaires avec Ariane.
Au loin, la houle des sept mers brésillait les navires des petits pêcheurs, abandonnait ses infimes espoirs et son histoire de clair-obscur pour mieux ressusciter un matin d’hiver…
