Poésie surréaliste NotesMat15

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Les manuscrits de Sophia

Le secret est une drogue puissante.

Les sorcières qui éprouvaient du chagrin pour les espèces poïkilothermes, écrivaient sans l’aide de leurs mains ; elles avaient fait naître des kamikazes et sous leurs peaux les circuits d’ordinateurs mouraient en accueillant la mort comme une bienfaitrice. Elles s’étaient réunies et pleuraient dans le jardin d’éden de Sophia, leur sang bourbeux se jetant en cascades noires et elles étaient en danger de mort imminente, Sophia n’étant qu’un manuscrit à vocation littéraire.
Puis la rivière avait foutu le camp, comme effrayée par ces visions fiévreuses, et était devenue un fleuve de sang noir ; et dorénavant les effluves fictifs de ce cours d’eau espèreraient ardemment rejoindre les contrées réjouissantes de l’au-delà. Après avoir jubilés quand les drapeaux noirs s’étaient levés, les cascades noires s’étaient introduits et avaient introduit des krills dans le nez des sorcières, et elles emportaient aussi les dernières cendres du mois de février qui se gaussaient des jours phagocytés…

Autour des sorcières, plus rien n’existait ; leurs diverses représentations, aussi végétalisées que minéralisées, s’étaient figées et elles peinaient à effacer les migraines de Sophia, dans son crâne de cristaux verts, incas que les sorcières avaient fait bouillir dans de grandes écuelles, elles retrouvaient ainsi l’usage de leur main pour écrire la genèse d’un récit à venir, et pour le finaliser elles se tailladaient les veines en pensant à la poésie de Charles Baudelaire dans la vase de leur bain chaud et profond ; le crâne de Sophia sur lequel un circuit électrique en manque de puissance la réaccoutumait à son primitif souvenir : celui, où échoués sur une plage de sable fin, les insectes, après la mousson verte, dessinaient sous les plis de ses draps un rêve frelaté, bouillant aussi ; et dirigés par des cortex qui avaient le mal de vivre, d’autres rêves profitaient de l’atmosphère feutré de son appartement pour fabriquer des philtres. Des philtres ayant comme point commun les ultimes effets de la vodka, et qui partageaient avec cet alcool l’Ivresse de la veille. Ivresse furieusement incarnée en un seul tampon hygiénique imbibé du précieux liquide… pour crever lentement mais sûrement, oh douce agonie !