Poésie surréaliste NotesMat15

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La Présence

Le monde, leur monde, était faiblement éclairé à présent, une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres. Le monde, leur monde, était surchauffé d’excitation, de ferveur, et d’effervescence et je lui préférais largement la fraîcheur sylvestre où je m’étais réfugié, assis à l’arrière d’un van aménagé. Un van qui ne roulait plus depuis des lustres et dont j’étais le moteur par la pensée, un effet de synesthésie me reliait à cette équipe d’une douzaine de personne qui l’avait aménagé jadis, dans le Bois de Boulogne, après les attentats de Paris, le 13 novembre 2015.
À cette époque, par pure fantaisie et effet mimétique, j’étais en vacances en Inde, pour visiter le Taj Mahal, perdu dans la foule des anonymes débiles avec leurs appareils photos et téléphones portables sophistiqués. À présent, leur monde, alors que je passais en revue des CD appartenant à leurs dynasties, chantait leur dernier Te Deum.
La Présence avait conduit l’équipe au fond d’un traquenard, un endroit perdu où les fantômes et les démons des morts s’étaient assemblés : un abattoir abandonné quand leurs télescopes et leurs stations de télécommunications étaient devenus obsolètes par trop d’occupations terrestres. En effet, obnubilés à s’entretuer entre eux, ils ne renouvelaient plus le parc technologique et ainsi, n’avait pas vu La Présence, cette menace extraterrestre, venir d’ailleurs : d’un espace bien trop lointain pour leurs cerveaux étroits. Et le monde, dans cette tétralogie douteuse, jouait son dernier acte : un drame qui avait déjà bouté la majorité des survivants hors de leur planète bleue.

La Présence avait vaincu la brièveté de la vie, et dans le van du Bois de Boulogne, je restais cloîtré, m’étant résigné à attendre l’émeute qu’elle allait générer ; la Présence les effrayait et leurs histoires vidées de leur sens cherchaient encore la page du début, en partant de la fin, et en tombant encore davantage dans le gouffre…