Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Le seigneur de la Louisiane

Sa vénusté mentalement invraisemblable seyait bien à l’aventure onirique des rêveurs mais ils s’en gaussaient tout de même et ne s’en amourachaient pas plus que ça. L’aventure onirique ? C’était une sorte de voyage à travers les limbes du rêve ; cette rêverie et toutes les autres qui allaient suivre étaient bel et bien placées à fond-perdu.

Car il n’y aurait aucun résultat significatif lorsqu’ils se réveilleraient et ils le savaient, ils le savaient tout autant que cette nymphette déshabillée qui participait malgré tout à leurs orgies sur l’ordre du seigneur de la Louisiane.
Sa beauté en avait affolé plus d’un et même les vectographes enregistrant l’épopée onirique perdaient le nord. Et ils n’étaient plus en mesure, ces rêveurs, d’en garder un souvenir à leur réveil. Ils parcouraient alors les immenses hectares des jardins ultramarins de la ville et on dût attendre, un soir noir comme un curé irlandais, le crépuscule suivant pour qu’ils retrouvent leur esprit.

Leur esprit et leurs corps, et même les pages qu’ils avaient écrit quand ils étaient en transe. Et tout ça s’était révélé incroyablement faux et amer lorsqu’au petit déjeuner ils attaquaient déjà l’indécent anis ou la féconde absinthe… mais elle faisait quand même tourner toutes les têtes, la jeune fille qui s’était endormie auprès d’eux et qui leur avait fourni d’autres tord-boyaux, tord-boyaux qui avaient un goût d’essence bien noire comme le sang du Seigneur de la Louisiane !