Pour faire bouger les ombres en cercles maudits, elle avait non sans peine étudié tous les étranges dessins et les écritures en latin les accompagnant dans ce livre noir. Elle s’était lancée dans une recherche sans fin commençant à ses dix-ans seulement à découvrir les étranges pouvoirs du bouquin.
Et pour faire des vagues sur le crépi jaune, elle devait allumer des cierges, répandre du sang menstruel sur la sixième page du livre sataniste et invoquer ces âmes se drapant dans des fourrures pourries quand ils apparaissaient. Elle était seule dans une vieille demeure coloniale, aujourd’hui squattée, et toutes les fenêtres étaient condamnées par des amalgames hasardeux de planches et de béton. Des tags grossiers et moches sur les murs, réalisés par des junkies, avaient un certain charme pour elle, elle avait remarqué que les teintes les plus foncées ne dépassaient pas le gris de perle.
Mais à présent elle s’attaquait à réanimer un mort-vivant qui était couché par terre sur un tapis miteux et parfois il avait des spasmes, entrait en transe, et vomissait alors sur le sol cendreux de la bile avec du sang. Elle savait qu’il y avait plusieurs stades dans la décomposition d’un corps après la mort : décès récent, début de la putréfaction, modification des graisses, transformation des produits caséeux, putréfaction ammoniacale, noircissement, début de la dessiccation, dessiccation avancée et pour conclure attaque du squelette ; cependant la créature reprenait lentement ses esprits et sa chair de zombie tout aussi lentement se reconstituait. Son visage était animé d’une lueur démoniaque. Elena qui s’était penché au-dessus du cadavre pour voir le miracle se releva douloureusement, et à ce moment-là de lourds moellons dégringolèrent depuis le plafond, ne laissant après la chute qu’une épaisse fumée de poussière noire ; un lit à baldaquin était descendu d’un étage et parmi les gravats la messe noire toucha à sa fin.
Dehors il y aurait toujours d’autres squatteurs pour les retrouver un jour, cette jeune fille qui avait pourtant de l’allure et son squelette, déterré d’une tombe profanée…
