C’était le seul vide qui n’avait jamais cessé d’être après le chant du cygne ; c’était le seul horizon que je voyais par la fenêtre, le seul regard inoubliable que les diables reconnaissaient avant de s’incliner… avant que les rires et les larmes des corps amalgamés de l’autre côté de notre rue disparaissent.
Une belle disparition à la place de nos évanescences dont l’origine était indéterminée. Indéterminée et rare, et qui prenait nos râles ou nos cris pour des mortifications du genre Saez. Au loin on entendait les rumeurs qui couraient au-dessus des foules, laissant la lumière des cités phocéennes s’infuser dans l’air parfumé du soir. À deux pas de chez nous il y avait aussi, même si on n’y tenait pas vraiment, des assassins intergalactiques qui venaient du fond des âges, du feu aussi et de sa puissance magnétique.
Seuls face aux soleils couchants, dans nos crânes de chimpanzés, les souvenirs écrivaient pour nous de mystérieuses et pâles rivières sur nos carnets ; de là où on les admirait se jeter, avec un grand verre de gin, la nuit tombait toujours ailleurs, là où les portes de l’Éden s’ouvraient sur les sept mers septentrionales. Et d’ailleurs on lisait fiévreusement ces rivières sidérales pour suivre la spirale des étoiles… nous étions en quelque sorte des naufrageurs dans la très grande baignoire de marbre blanc que j’avais fait construire suite à une arrivée incroyable de Napoléon sonnant et trébuchant.
Quelque soit les vertes saisons, les vieilles rêveries générées par cette fortune si étrange et quelque soit leur mystère, on était resté complice et dans l’intimité de notre chambre, les bols tibétains résonnaient encore de notre amour, connu uniquement des artisans de la fiction. Et, je me souvenais qu’il y avait tellement plus important, tellement plus d’enseignements à apprendre que de ressasser notre passé houleux… Tellement plus subtile que les proses de nos magiciens d’Oz, tellement plus ardent que le désir et les ecchymoses, et tellement plus malicieux que de défaire le nœud du chignon de notre soubrette : sa version sexuelle hélas n’inspirait que des rivières de mai enneigées !
