C’était la seule inconnue qui répondait à mes lettres, c’était le seul vide qui vibrait quand les autres dormaient, ce vide que je comblerais peut-être en sautant par la fenêtre, ou en la couronnant d’une poignée d’épines. C’était le seul mensonge que j’ignorais d’omettre ; alors, bien sûr, elle devait avoir soif de nouveauté, la garce.
Elle ravivait cependant les cours d’eau, les étangs sombres, les rivières et fertilisait les plaines toutes aussi vides de sens. Et à bien y regarder j’aurais pu prendre sa disparition pour de simples ratures dans une encyclopédie aux mots occultes. Devrais-je en rire, rester ou bien repartir : ça restait une énigme pour moi, un mystère qu’elle s’efforçait d’épaissir. Et depuis que mes manuscrits avaient été brûlés, sa disparition malgré tout m’affligeait. Elle avait donné naissance à des histoires insipides alors que le seul horizon aperçu par la fenêtre commettait des meurtres ineffables. Des drames qui laissaient présager des pluies de cendre noire. Un seul soleil pour autant de jours épiphaniques n’aurait pu convaincre les victimes, mais dans le fond, il ne me restait plus qu’à décrypter sa silencieuse complexité, l’origine de sa folie soudaine et si je me permets aujourd’hui d’écrire sur sa mésaventure fiévreuse ce n’est que pour transmettre et colporter des informations qui pourraient peut-être nous sauver de l’apocalypse et de l’âge des ténèbres à venir…
L’âge des ténèbres sera sans doute enfanté par le bonbon de la putain : cette étoffe que je lui avais arraché avec mes dents, sanglé comme un animal à l’abattoir à son fauteuil de chirurgie et tout ce qui restait de son esprit maléfique était attisé non seulement par des images subliminales défilant à grande vitesse mais aussi par des forces occultes. Des forces occultes, que j’espérais ssincèrement comprendre mais par un travail de sape kafkaïen tous mes efforts furent vains…
En échangeant les données d’un électrocardiogramme avec un encéphalogramme, les machines, depuis son perchoir, effaçaient ses fantasmes au fur et à mesure qu’elle les contemplait, ses nains, ses valets, avec de grands yeux humides, puis elle regardait leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant ; communément dans le jargon des convois nocturnes on n’en parlait jamais de ces hommes de l’ombre cascadant les icebergs polaires comme de malheureux vagabonds et c’était encore davantage un cocktail détonnant pour son désir naissant lorsqu’elle croisa, cette statue grecque, la route de ces malchanceux, ces « poissards » qui avaient subi les effets de son sortilège…
Alors qu’ils devraient mieux se jeter sous un train plutôt que de la courtiser ces Doux Rêveurs, son attachement à eux malheureusement n’allait pas perdurer : c’est parce qu’elle n’avait pas d’autres candidats, pas d’autres choix que de les envoûter mais ces types débraillés se gaussaient malgré tout de cette nymphe quand elle partait un peu trop loin…
