Avec Beth, on menait une vie paisible à Oran, on avait même monté en grade jadis quand les gisements pétroliers se tarissaient, maintenant on occupait une rudimentaire cabane coincée entre deux immeubles.
On avait grandi près d’un grand ressort qui avait été détourné de sa fonction et qui servait à moudre les plus folles vies intérieures ; et lorsque nous eûmes enfin abbatu l’oranger qui oscillait et se raccrochait seulement à la pâle lumière crépusculaire, il ne nous resta plus qu’à assembler les autres ressorts autour de l’arbre et un oratoire d’enfants africains, qui se lovaient dans de grands fauteuils autour de l’arbre coupé, imagina un système ingénieux pour détruire les portes des prisons avec les ressorts.
Puis ils s’empressèrent de voiler les statues de Krishna et de Shiva, ainsi Momo devenait l’unique roi des légendes urbaines… à ce moment là je ne savais pas encore que leur territoire allait empiéter sur les rades à punk, les univers parallèles. Ils diluaient nos pensées, nos couleurs et diluaient leurs nuits profanes.
Par télépathie, ils effaçaient les mémoires des magiciens d’Oz qui s’en remettaient au hasard pour dilapider leur fortune… et à partir de cet instant l’eau de la rivière se mit à stagner, les tourbillons et les remous devinrent lents. Elle ressemblait à un tapis sale et froissé.
De l’autre côté du pont, j’apercevais leurs silhouettes à l’arrêt. Et je fus contraint d’y croire : leur village, leur hutte et notre hameau tout entier s’étaient figés.
