Des images macabres se superposaient ou se chevauchaient sur l’écran de cet étrange ordinateur portable, les cascades naissaient dans les cataractes où les regard plongeaient et dans cette déchirante ville grise qui m’avait vu naître je réinventais la métaphysique de la nudité.
Des cafards se nourrissaient abondamment des multiples visages de cette jeune femme qui m’avait enfanté ; et à la manière d’un kaléidoscope, de nouvelles images macabres se superposaient pour actionner mon coeur battant selon un rythme presque syllabique.
Et la pourriture et les exhalaisons des cadavres dans la rue à Hong-Kong s’infiltraient sous les portes ; les gens dans cette ville ne se croisaient plus, et les jeunes hommes, vêtus d’une veste à collerette de lapin, gaspillaient leur énergie à invoquer les neufs Muses, des muses qui se couronnaient de diadème vacillant. Et de parure et de sautoir à jamais disparu. En tant qu’écrivain j’inventais pour elle une scène où on les voyait sanglées sur des chaises en métal, il y avait aussi tout un tas de cordes et de copeaux de bois qui jonchaient le sol du souterrain où elles étaient enfermées.
Et plus je les voyais souffrir, plus je réinventais la métaphysique de leur nudité, mais quels supplices pouvaient mettre fin à leur douloureux emprisonnement ? L’ordinateur, avec son système aussi ingénieux que dangereux, était capable de répondre à une telle question, mais il fut jeté au fond des cataractes que Jorge Luis Borges décrivait, en souriant mystérieusement, comme un puits sans fond. Il devait être surchauffé d’excitation fiévreuse et quand le dernier sou d’un survivant de Hong-Kong se mit à courir sur le comptoir d’ivoire du dernier bar à la mode, Borges méditait encore sur ses péchés.
