Sur cette pierre tombale de Lovecraft, on devinait un étrange dessin manifestement aussi vieux que cet endroit désert où les Corps et les Esprits s’efforçaient de se déplacer en quête d’une fièvre mystérieuse ; cette fièvre démoniaque allait-elle atteindre son paroxysme lorsque le cercle des vagabonds, jadis fans de Kerouac et aujourd’hui amis intimes et enthousiastes de Lovecraft, allait s’agrandir ?
En effet, les clochards adolescents commençaient déjà à se quintupler dans les trains de marchandises, et les trains qui les emportaient allaient tous arriver avant la nuit à Key West. Dans cette petite ville spectrale des États-Unis, où chaque jour des caravanes de journalistes débarquaient pour la remise du Prix Lovecraft, mes souvenirs à Oran démultipliaient une sorte de douleur lancinante à l’intérieur de mon crâne. Mais ce fut la nuit qui capitula quand les clochards déchargèrent les nombreux sacs contenant un mélange de seigle et de froment lors de leur arrivée.
Des kyrielles de sacs qui avaient été empilés là, un peu partout dans les couloirs de mon appartement. Puis, le lendemain soir, au journal télévisé local qui suivit, le présentateur se lança sur le vol mystérieux d’un carnet ayant appartenu à Lovecraft. Quelqu’un ou quelque chose cherchait déjà le coupable, j’en étais bizarrement convaincu sans que je puisse l’expliquer, et cet Être ou cette Chose prospectait déjà dans la cité, pas très loin de mon lieu d’habitation…
