Poésie surréaliste NotesMat15

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Les enfants aveugles

Nous étions nés d’un silence mortel qui s’était installé insidieusement. L’âge avançant, ce silence mortel avait enflammé nos moteurs et nous ne vivions que pour une ultime partie de poker censée nous dispenser de l’obscurité. Car nous étions infiniment plongés dans le noir ; et nos ennemis, s’alliant entre eux pour saboter les routes et les autoroutes où nous devions passer, allaient prolonger cette obscurité.

Même la lumière stellaire de la lune était bien trop opaque, les journées éternellement pluvieuses n’arrangeaient rien. Mais un autre silence mortel, comme un écho à celui qui nous avait enfanté, perça jusqu’au fond de nos tempes creuses… et nous nous étions alors rendus compte qu’on n’avait jamais quitté les jardins et leurs inextensible clair-obscur lorsque nous étions venus au monde ; des jardins immenses au centre d’un labyrinthe, et toutes les fleurs poussaient de travers et malgré nos efforts les plus minutieux, elles fanaient toutes avant même de s’ouvrir et pourrissaient pour faire un tapis de pétales morbides, interchangeables.
Captifs, abandonnés au centre de cet enchevêtrement insensé de salles aux proportions de cathédrale, nous tâtonnions le long des parois irrégulières, butant contre chaque obstacle… la mort des baleines comme seul salut de nos âmes, la dose mortelle d’un siècle de silence comme cuillerée à soupe à prendre à chaque crépuscule, à chaque aube nouvelle…