Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Un monde de clowns

Notre captivité était un état immuable, permanent, sur lequel il était inutile de s’interroger : il n’y avait pas d’explication. Nous étions là, tenus enfermés depuis toujours et pour toujours. Nous étions des victimes en puissance. Nul besoin d’en savoir plus.
Dans les jardins immenses au centre du labyrinthe, toutes les fleurs poussaient de travers et malgré nos efforts les plus minutieux, elles fanaient toutes avant même de s’ouvrir et pourrissaient en donnant un tapis de pétales noirs, interchangeables.
Captifs, abandonnés au centre de cet enchevêtrement insensé de salles aux proportions de cathédrale, nous tâtonnions le long des parois irrégulières, butant contre chaque obstacle. La plupart, des poubelles d’où goûtaient des substances aussi liquoreuses que nos pensées. Mais on trouvait aussi à l’intérieur des saphirs et des diamants, des fringues sales, des monocles cassés et des manuels féministes pour se vêtir comme une guerrière.