Les vectographes et les Kelvinomètres enregistrant l’épopée onirique avaient perdu le nord. Le lendemain, ils n’étaient plus en mesure, ces rêveurs, d’en garder un souvenir à leur réveil. Ils arpentaient alors les immenses hectares des jardins ultramarins de la ville basse et on dût attendre, un soir noir comme un curé irlandais, le crépuscule suivant pour qu’ils retrouvent leur esprit.
Leur esprit et leurs corps, et même les pages qu’ils avaient écrits quand ils étaient en transe. Et tout ça s’était révélé incroyablement faux et amer lorsqu’au petit déjeuner ils avaient attaqué l’indécent anis et la féconde absinthe… mais elle faisait quand même tourner toutes les têtes, la jeune employée de Youssouf qui défendait les causes perdues ; leurs causes perdues ? Le rêve si doux d’une simultanéité, d’une multiplicité et d’une disparition dans les forêts qui avaient été ravagées, et dont il ne restait qu’un seul arbre survivant. Un chêne mystérieux dont l’énorme tronc noir poireautait en attendant les iconocides ; et ses racines qui s’arrachaient hors de terre étaient utilisées pour fermenter et distiller d’autres tord-boyaux, tord-boyaux qui avaient un goût d’essence bien noire comme le sang du Seigneur de la Louisiane !
