Poésie surréaliste NotesMat15

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Halloween un jour de Djihad

On avait plus ou moins repris à notre compte et africanisé de nouvelles divinités dans notre temple, réfutant ce que le soleil du crépuscule doré des tropiques avait ingurgité pour nous, pour notre connaissance. Malmené par notre manque de gratitude, et cette nouvelle ingestion indigeste, il s’était ensuite réfugié dans sa thébaïde, réfrénant son chagrin, son dégoût de notre manque de savoir-vivre qui le rebutait. Quant aux déesses elles s’agenouillaient à nos pieds à présent, elles étaient arrivées avec de vieilles jonques flottantes quadrillant notre lagon, jouant avec nos âmes pour les faire apparaitre dans le cadre vacillant d’un tableau et disparaitre d’un autre sur une autre toile…
Les joues des déités orientales quittaient en automne les bonnes couleurs dont l’occident, tout comme l’orient, s’alimentait sans pour autant faire quintupler leur population. À cela s’ajoutait qu’elles essuyaient leur nez avec un tissu doux et soyeux – leur culotte, peut-être, sans qu’on ose les questionner à ce sujet ; mais déjà on se querellait là-bas dans leur sanctuaire où l’on amassait tout l’or du monde pour nos déesses…
La bagarre, les hurlements commençaient dès l’ouverture du tunnel souterrain sous les dalles de marbre rose du sanctuaire mais pas de quoi s’alarmer, je n’étais plus celui qui se fait rosser à chaque conflit, et d’ailleurs j’étais le seul à avoir le droit de m’affubler en squelette comme si c’était Halloween… On me comparait parmi les miens à l’unique hindouiste, ascète du coin qui, en perdant la raison, ne quantifiait plus que ses érections, aussi parcimonieuses que les moissons vertes de la contrée…


Suite à la prodigieuse épidémie qui avait sévi après la destruction des statues de nos divinités par quelques barbares, pour guérir il n’y avait que des plantes lactescentes, notre seule chance de salut, qu’on amalgamait dans un bouillon pour en faire une mixture. Un remède à l’antique qu’on avait ritualisé : pendant que la drogue glissait dans notre gorge puis dans nos estomacs, laissant un goût lacté sur notre langue, les hommes étaient allongés sur des sofas, ce qui les faisait ressembler à des fumeurs d’opium et donnait un air de symbolisme oriental à cette scène, et les femmes, perdus dans le labyrinthe de leurs pensées fiévreuses, se remettaient à allaiter leurs mômes qui n’avaient pas bonne mine. Souvent, après ce culte, je n’avais plus aucune idée de l’endroit où je me trouvais ; à cause des effets hallucinogènes je voyais les déesses qui nous avaient abandonné retourner au bercail, je pouvais même sentir l’essence impersonnelle, anonyme, de leur désir insatiable… enfin en pleine symbiose avec leurs vibrations, leur aura mystique, j’apercevais, une fois après avoir escaladé les montagnes, leur kafkaïenne évanescence se perdant là, au centre des ombres… Je devinais qu’elles allaient se remettre en chasse, cette vengeance vindicative qui s’apparentait à ce remue-ménage dans la caverne terrible où nous étions nés : une orgie démente, notre naissance, avec toutes les positions du Kâma-Sûtra sur de faux gazons verdoyants…
Il y avait là de quoi anticiper toutes ces guerres saintes à venir, quand on se penchait sur le miroir calme du lagon dont les contours se superposaient, dans cette surenchère de psychédéliques, sur les ruines de nos murs devenus froids et n’abritant que du vide ; cependant il y avait aussi de quoi agrandir nos familles quand les déesses nous récompensèrent enfin de toute notre dévotion, s’amusant à transformer en fanges les cités ennemies et on raconte encore que leurs gros nababs n’ont même plus de chevaux pour jouter, n’ont plus que des laies, des sangliers, des cochons redevenus sauvage qu’on peinturlure de slogans révolutionnaires, haineux et revanchard… Le Djihad ne fait que de commencer.