Poésie surréaliste NotesMat15

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Les crapauds humanoïdes

Nos vies antérieures, comme Le parti pris des choses de Francis Ponge, avaient crapahuté le long de l’échine de ce ciel qui était noir. Noir comme le saccage de leurs sensations saccadées, mais il me semblait qu’on pouvait quand même distinguer, Là Haut, des calligraphies à l’encre chancelante ; j’avais fumé l’herbe du diable et d’autres vies antérieures m’invitaient à décrire des paysages américains selon le modèle de ce bizarre dessin de crapauds humanoïdes que j’avais trouvé dans une bibliothèque, un jour de pluie.
Ce dessin était accompagné d’un texte assez court décrivant leur transformation robotique, car ils venaient du Futur, ces êtres difformes et ils avaient cramé – un brasier sacré – la fin de leur histoire. Et leur lait, que tant d’enfants réclamaient, permettait d’alimenter toute une taupinière !
Des faisceaux crépusculaires en altéraient la sagacité mais la noirceur du ciel prenait le relai et l’allaitait à son tour ; j’avais alors pensé qu’ils s’accordaient malgré tout assez bien : une sorte de symbiose malfaisante qui vous saignait en pus noirâtre les oreilles quand vous décrochiez le téléphone !
Francis Ponge, aussi, avait des seins noirs et des ecchymoses à tout retourner ; et même, sans se douter une seconde que nous allions débarquer là où se déployait son intellect exécré, il avait perdu tous ses fils : près d’une douzaine de garçons avait disparu et le bizarre dessin des crapauds humanoïdes semblait nous inviter à les retrouver : une quête qui se solderait par des convalescences défaillantes, continûment, fervemment et aléatoirement liées à leur faux semblant…