Poésie surréaliste NotesMat15

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Le job

Les voisins gueulaient : le chat s’était enfui et on cherchait un coupable. De mon côté, j’avais été embauché dans une étrange entreprise. Mes factures d’électricité et de chauffage étant exorbitantes par rapport à mon allocation chômage, je m’étais résolu à trouver un job. Un job à la John Malkovich. Le long du trottoir, où descendaient des rivières glacées, résidus de neige fondu, j’avançais un peu anxieux, vers la porte de mon futur employeur.
Deuxième partie :
J’étais à présent sur les rails, c’était toujours l’hiver mais je n’étais plus seul. De collègues de bureau, ils étaient passés mystérieusement dans le clan tapageur de mes amis.
Cette fois, les voisins ne s’entre-tuaient plus pour un sujet de chat perdu, mais sur le douloureux problème, cet épineux dilemme, à savoir si oui ou non, il fallait débarquer chez moi pour faire cesser la musique trop forte. Mais je ne m’en souciais plus. J’allais faire un long voyage.
Troisième partie :
Une de mes collègues de bureau, ce job dont je ne savais plus en quoi il consistait, m’avait tapé dans l’œil. Dès que j’étais entré dans cette boite, ils m’avaient placé devant un étrange ordinateur, comme tous les autres employés travaillant sur ce site. J’étais rapidement arrivé à décrypter tous les mots de passe du serveur interne, et ça me donnait toutes les autorisations nécessaires pour pirater les autres disques durs. Je me souviens que je lui avais envoyé un message, il devait être suffisamment assez clair puisqu’un jour ou deux après, ses cheveux flottaient au fond et au-dessus de ma baignoire.
Quatrième partie :
Le seul jour de paye, vous me croyez ou non, c’était le mardi-gras, le salaire était suffisamment élevé pour que vous n’abandonniez pas toutes vos opiniâtretés de labeur avant ce jour clef. Le seul hic, c’est qu’on devait attendre un an, en travaillant d’arrache-pied, et en ne recevant rien si vous étiez pris le lendemain du mardi-gras…


Cinquième partie.
La liberté, c’était donc cela :
Du tapage nocturne et des neiges précoces par brouettés
Du spleen face à la brièveté de la vie
La chienlit homérique
Se préparer à un long voyage désordonné
Orienter le faisceau de sa lampe frontale du côté de son corps nu et insolent
Et fumer goulûment, ce qu’on avait espéré toute l’année : le Mardi-Gras comme tous les jours de paye !

Un job à la John Malkovich, deuxième version.
Les voyages sur le dos d’un lama sont vraiment trop hasardeux ; pour m’indemniser de la perte de mon emploi à la John Malkovich, vous me croyez si ma collègue avait entouré mon pénis de sa main et qu’elle avait soufflé sur son extrémité comme s’il s’agissait d’une flûte ou d’une bouteille ?
J’avais grimacé tandis qu’elle inventait une étrange musique chuchotée. Mais revenons au début : quand j’ai quitté l’aéroport de Paris pour l’Amérique du Sud, alors que je pensais trouver un travail en tant que metteur en scène, enfin c’était ce que je croyais encore à ce moment là mais en réalité des piles de dossiers à classer m’attendaient dans les cartons du dix-septième étage ; et que dire de ce moment où j’ai aperçu dans l’avion ma voisine, une grand-mère malingre, avec des doigts jaunes, raccommoder d’une manière extrêmement sérieuse la peluche de sa petite fille tremblante sur le siège d’à côté. Et comme j’ai détourné le regard après avoir vu cette pauvre poupée toute déchirée de toute part (ressemblant vaguement à Bob l’éponge) agoniser entre ses mains et l’aiguille à coudre, en voyant mon reflet par le hublot, j’en profitais pour rajuster ma cravate et fredonner un air censé célébrer le bonheur d’un nouveau début.

Nouveau début, nouvelle vie comme pour me dire que la chienlit homérique et les factures en pagaille ne seraient pas toujours sujet d’actualité angoissante car rien ne demeure pareil je me disais ; de plus, le seul jour de paye pour ce boulot kafkaïen, vous me croyez ou non, était fixé uniquement (et ce jour-là uniquement) un mardi-gras, et ne tombait donc qu’une fois par an, ce qui m’arrangeait car les dix premiers mois passés au Pérou ne m’avaient pas inspiré, mais alors vraiment pas du tout, à force de rester cloisonné dans un bureau à trier de la paperasse, j’avais ébauché des scripts frivoles ou autoparodiques et c’était tout ; et le salaire ne tombait, je l’ai dit, que le mardi-gras mais aussi uniquement lorsque que le scénario était ficelé et approuvé par un (ou des) patron(s) que je n’avais jamais croisé.

Du coup je n’avais plus que deux mois pour trouver une idée géniale, et j’étais en train de jauger d’un air mauvais le tableau hideux de ma chambre d’hôtel, un crépuscule doré tombant sur les Andes et de me dire qu’on m’avait bien entubé… Soudain pris d’un brusque coup de sang, j’arrachais le cadre du mur et, ouvrant brutalement la fenêtre, le lançai dans la nuit. La neige entra mais déjà je filai dans la salle de bain me passer un peu d’eau sur le visage…

À suivre !