Poésie surréaliste NotesMat15

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Les rêveurs

Mes premières pensées ont été pour ce vagabond vociférant, perdu dans une ville tentaculaire, tenant une lanterne dans la plus totale obscurité ; et il n’y avait plus rien à éclairer parmi ces ruines de bâtiments dans ce quartier… pourtant par instant, on croyait voir les lapis-lazuli briller encore sur le mur et sur la lourde porte d’entrée du sanctuaire.

Parmi les polémiques récentes entre lavandière quand ce pays était encore calme et paisible, une étincelle avait mis le feu aux poudres ; peu après un coup d’état avait été surmédiatisé sans commune mesure et plus tard après le feu et le sang on avait vu de pauvres errants chiner des lambeaux de vêtements, fouiller des poubelle ; bien souvent ils perdaient connaissance mais on les retrouvait hanter les quelques derniers comptoirs d’ivoire existant encore où ils s’échinaient à inventorier tout ce qui leur permettrait de concevoir le labyrinthe de leur rêve.

Et c’était bien un rêve emboité dans un autre rêve puisque pour moi aussi, branché de toutes parts aux électrodes d’une étrange machine et avec des kyrielles d’intraveineuses de morphine, j’étais en train de rêver ; la machine séquençait des scènes d’une vingtaine de minutes où tout un tas d’univers kafkaïens était imaginé, conçu… et s’échangeant des bizarreries toutes plus démentes les unes que les autres : comme les fois où en rêvant, je tenais et enveloppais avec mes mains le jabot surnaturel d’un animal visqueux et encore inconnu pour qu’un autre rêveur lui transplante avec un entonnoir un émetteur d’un nouveau genre. Cet émetteur radio était un appel pacifiste à tous les rêveurs, à tous les humains… mais aussi à tous les hybrides qui avaient détruit la cité et n’avait laissé que des cendres et des dépouilles noircies.
Sans pouvoir encore rien percevoir de mes sens endormis ni même transgresser la règle de base selon laquelle on ne pouvait potentialiser les effets de ces courts moments oniriques je me retrouvais (était-ce le réveil ou le monde du rêve encore ?) sur un lit de fortune et regardais à moitié dans le coma les lambris noirâtres du mur s’étioler et je savais que de l’autre-côté du mur, des rêveurs, il y en avait toute une foule, tous planqués et agglutinés dans l’arrière-salle de la boutique de Youssouf, l’Alchimiste.