Avant de vivre dans un cagibi, je suis né dans la fosse noire ; les toiles d’araignées où les lucioles étaient piégées créaient pour moi des paradis gris. D’ici j’entendais clapir des éphèbes qui me jaugeaient du regard, et je semblais être le seul à avoir remarqué le bruit des casseroles où des épinards chauffaient sans grande conviction… aussi depuis mon cagibi, l’association d’une goutte de pluie verte dans une burette avec ce qu’il restait des feuilles d’un chêne me rappelait les jours de carême. Et je mettais fait une compresse avec un champignon mauve traînant dans la poussière moisie étant donné qu’il me restait pas mal de séquelles de la fosse noire. Elle m’avait mutilé mais j’arrivais quant même à ne jamais me départir de ma bonne humeur.
Son futur où elle jouerait dans les films des rôles de godiche, était né dès l’instant où j’avais quitté la fosse noire ; et dans ce cagibi j’aurais pu continuer longtemps comme ça à penser à tout le mal qu’elle m’avait infligé. Longtemps jusqu’au moment où l’acide qui tombait du ciel attaqua mon abri et je me réfugiai ainsi dans l’arrière-boutique de Youssouf, l’alchimiste. Il y avait cette grosse mouche noire qui me dérangeait et je m’en souviens encore. Le bâtiment était une sorte de grand classeur en béton… à suivre !
