Il y a des bruits louches et des lueurs louches un peu partout ; des villes tentaculaires sur des milliers de kilomètres, et des promesses mirobolantes dans le ciel et des parloirs médiévaux qui fécondent leur espace ; il y a même, au centre du cercle où je me tiens, là où se trouve mon terrier qui n’est précisément pas un simple trou destiné à me sauver, la sévérité passionnée des planètes aussi énigmatiques que Jupiter ou Saturne. Mais j’évite de les observer, et même de les regarder ; mes yeux ont mal car ils ont été privés de la violence tout aussi énigmatique de cette scie.
Et il y a aussi, à peu près au même endroit, de nouvelles nuits qui vont ressembler strictement aux autres, et cette scie, que je rafistole en catimini à chaque fois que je m’éveille (mes heures de sommeil étant consignées dans le cahier d’un écolier très paresseux) a elle-même fait naître sa propre vie végétative, dépravée, possédée. Possédée comme la fièvre qui donne à ma bouche la forme d’un grand O bien que je ne puisse vivre et lézarder dans mon terrier uniquement comme un bienheureux ; mon terrier où je stocke des tonnes de viandes, mais aussi des kyrielles de cartons contenant exclusivement des amulettes pour me protéger et me maintenir en bonne santé…
Car aujourd’hui je peux m’endormir paisiblement, la violence de la scie que j’affectionne avec animosité, est bel et bien partie à vau-l’eau sans rien dire ; peut-être me servira-t-elle de carburant malgré tout quand j’irais me nicher dans le cerveau des gens qui hantent le métro ?
Ou bien lorsqu’on ne sentira plus sa précipitation à vouloir faire du mal, cette violence, qui lutine les gargouillis gras des éviers bronchiteux et qui lignifie les flocs sourds des remuages d’éboueurs, son néant annelé, certes mêlé de tendresse bestiale parfois, aura toujours, je le sais, de la peine à n’entendre rien d’autre qu’un fond sonore grésillant…
