Poésie surréaliste NotesMat15

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Les mandalas de poussière

Les mandalas de poussière, à la craie sanguine sur le sol du sanctuaire, se dessinaient avec les mains d’un bouddha de pacotille à mesure que je m’approchais de l’arbre blanc.

La joie d’en finir devenait ainsi de plus en plus probable et surtout de plus en plus supportable ; les moines au pied de l’arbre accueillaient dans une bassine ses feuilles se transformant en cercles concentriques… ou en une sorte de décharge d’endorphines comme s’il s’agissait d’une intraveineuse de morphine. Je remarquais la blancheur laiteuse de son feuillage que même les talismans des forces les plus obscures ne pouvaient annihiler. Je crus un instant que c’était simplement du givre, mais je me trompais : c’était bien une sorte d’aura qui pouvait glacer encore davantage les trous noirs, ajourner les courants d’air chaud de l’été ou étouffer les sables brûlants des mondes africains.

Après avoir gravi le monticule de roche et de terre, je levai le bras et saisis une feuille entre mes doigts : elle était totalement blanche, immaculée. Au centre, je notai une sorte de renflement bombé, irrigué de nervures. Lorsque j’effleurai la surface parcheminée, cette étrange paupière s’ouvrit sur un œil rouge, et je sentis un regard vivant se poser sur moi ; un de ces regards qui ne désirait rien d’autre que le chaos, l’anarchie et la lente descente désincarnée de ces personnages bouddhistes s’occupant de l’arbre comme une louve avec ses petits. D’ailleurs, leur discours tout comme leur rhétorique ainsi que leurs pensées bienveillantes commençaient inexorablement à disparaître de leur subconscient depuis qu’ils avaient vu cet œil rouge, de type lapon, apparaître, d’immenses dégâts et des catastrophes toutes plus abominables que les autres se tramaient en silence !