Poésie surréaliste NotesMat15

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Les cartes de poker

Après s’être acquitté de la vente des tableaux babyloniens et des catapultes panaméennes, nous observions un moutonnement noir dans le ciel enduire de manière tout à fait sournoise nos cartes de Poker ; ces cartes et leurs représentions que John Fante rêvait de transcrire sur les panneaux publicitaires des stations de métro.

Et dehors nos yacks, dont le lait avait l’arôme singulier des fleurs un peu fanées, regardaient les enfants miséricordieux de Dieu s’échouer sur la plage de sable fin d’à côté. Des gamins qui avaient foiré leur naufrage. Et ils prenaient par dépit les chemins fuyant dans ces forêts hantées, entre des haies de pierre, que nous ne connaissions pas et que nous ne connaîtrons probablement jamais.
Et les règles du poker qu’une narcissique nymphette avait créé jadis, nous abêtissaient ; John Fante et moi devenant aussi stupides que nos bovidés, à en mordre la poussière dans les criées. Alors nous étions retournés sur cette plage de sable fin grignotée par l’écume et la houle, redevenant enfin zen après le départ des petiots, et nous contemplions l’océan bouillonner et la marée monter et emporter nos cartes de poker dont on s’était débarrassé depuis la jetée au style rococo de notre île. Et peu importait qu’on apprenne à vivre sans ce jeu de hasard, générant souvent pour nous la disgrâce la plus désastreuse quand le ciel roulait un air de gaz pur, lavé par les pluies blanches de la nuit, premiers essorages de cet automne se languissant déjà.