Je me rappelle avoir dit un truc du style : « j’ai le bide en vrac ; il vaut mieux que tu conduises… ». Soudain, il y eut un formidable grondement autour de nous, et les bas-côtés furent remplis de ce qui ressemblait à d’énormes ragondins qui s’ébrouaient, galopaient et zigzaguaient près de la voiture, et une voix a crié qu’ils allaient faire grimper le cours de l’or et donc qu’on devrait mieux les attraper avant qu’ils s’échappent…
On était aux environs d’Oslo et on attaquait la D7 au large de son île onirique, et à présent sur le toit de la jeep mon avocat rugissait comme un lion. Avec les effets de l’opium, pour ma part, je commençais à dériver, à rêver d’une meilleure literie par rapport à tous ces motels miteux où l’on échouait le soir sans même se rendre compte dans quel lieu louche on s’était arrêté.
On essayait d’optimiser l’efficacité des drogues qu’on prenait et qui, selon les lunaisons et par bribes réveillaient parfois les macchabées même les plus profondément enfouis sous la terre et d’autres fois flanchaient sans transition. Le Docteur Gonzo, en revenant sur le siège passager, m’expliqua alors qu’avec les substances psychédéliques on était en mesure de se fabriquer une nouvelle existence terrestre après notre mort : une vie de chercheur d’or dans le Klondike ou de soldat lors d’une énième guerre que tous nos sens, toutes nos pensées et nos actes enregistraient pour couver un autre karma à l’état latent…
