Poésie surréaliste NotesMat15

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Le cauchemar du métro

Il y avait encore, si on ne voulait pas abandonner la partie, ce jeu ou plutôt cette corvée de deviner, instinctivement, quel monstre au cou extensible allait naître sur l’autre rive ; tout ça pour accélérer le flot de sa pensée léthale, tout ça pour lui installer un nichoir où l’on bennait les différentes mues de sa peau de crocodile.
Sa peau de crocodile que j’avais revêtu du haut de nos tours d’ivoire, et ça faisait un bail que la théologie du Feu n’en avait pas fait des brasiers. Quotidiennement le journal local découvrait de nouveaux metteurs en scène craquant pour le monstre à la crinière blanche, qu’une bande d’adolescents avait dressé pour semer le trouble et gâcher la fête des lumières célébrée dans le centre-ville lyonnais ; et chaque jour je les découpais et les intégrais à mes notes, tout en ajoutant des annotations sur les éléments intéressant tous ces articles et, j’en étais de plus en plus convaincu, la Bête se cachait toujours dans les massifs d’ombres ou dans les souterrains du métro, générant le glissement de la voûte céleste, et de la terre et du temps le long de l’échancrure d’une robe fabriquée facétieusement par tous les souvenirs virtuels.