« Elle était entre deux macaques
Du genre festival à Woodstock
Semblait une guitare rock
À deux jacks
L’un a son trou d’obus, l’autre a son trou de balle
Crac »
Le journal local nous l’avait crânement bien décrit cette nymphette et en bonne salope qu’elle représentait, elle avait épuisé tous ses prétendants, même ses amoureux d’un soir ; morts alors qu’elle en redemandait encore, cette Déesse des galipettes, il n’y avait aucune comparaison possible avec Vénus ou Éros lui-même.
Désormais, sous contrôle des inspecteurs de police, notre squat au 135 Luxor Highway avait été abandonné ; jeté dehors et au pied d’un chêne noueux et sans âge, débraillé comme je revenais d’une nuit trépidante en m’étant allongé dans l’un de ces wagons chargés de foin, j’observais quelques pétales de ciel blanc cristallisés tomber par saccades, jusque sur le dessus des immeubles, et laisser, entre les fientes phosphorescentes des goélands radioactifs, de petites tâches humides, bientôt luisantes, ultimes preuves d’une existence éphémère.
Il suffisait d’un léger tremblement de terre, d’un pas grand chose sur l’échelle de Richter, pour que les toitures de tôles grises, baveuses, prêtes au débordement, s’écroulent ainsi que leurs façades et pétrifient instantanément la ville où la belle au bois dormant devait encore rêver d’orgies démentes à cette heure tardive et jusqu’au début du petit matin.
Puis, dès potron-minet quand les cheminées commençaient à vomir de mini-nagasaki et lorsque tout ressemblait à une photo ratée, je décidais de dissiper l’ennui avec cette nymphomane ; le rendez-vous le plus parfaitement prévisible et forcément l’aventure la plus lubrique, je me disais en boutonnant mon vieux frac noir tout déchiré avec un gilet de nankin laissant voir un plastron fripé et couvert de taches et cherchais à chaparder ce qu’il restait dans les poches des passants, notamment dans le porte-feuille d’un couple, déguisé, une bretonne chapeautée d’une coiffe bigouden et de son homme vêtu d’une lavallière second empire presque de bon goût.
Et même que j’avais été drôlement épastrouillé quand j’avais découvert dans leur porte-monnaie en cuir une belle liasse de billets ; après les avoir compté à l’aube entre chiens et loups, j’assurais à mes anciens colocataires par téléphone qu’on aurait suffisamment de dollars pour faire la bringue et inviter cette nymphette et pas très longtemps après mon appel, je les vis émerger de la brume pourtant froide et glacée s’accompagnant par la suite d’un brouillard à couper au couteau mais ce qu’on ne savait pas encore c’est qu’on était en réalité en train de produire le même rêve où les corps se dénudaient, se mélangeaient et s’entremêlaient ardemment après un striptease certes mémorable mais imaginaire.
Ce qui n’était peut-être qu’un lointain souvenir ou mieux une fabrication mentale dans nos crânes surchauffés et, par ici, la meilleure stratégie pour ne pas délirer ni halluciner sur les soirées toutes potentiellement plus délurées les unes que les autres, c’était d’éviter de mélanger les jeux et les excès, de dormir mal ou que dalle sur les comptoirs d’ivoire, se resservant d’un énième verre de vodka, en annihilant toutes nos chances de mourir au septième ciel. Ainsi près des réservoirs de séminal, en nous réveillant sur un banc dans le jardin des curiosités, d’énormes poings de pierre nous frappèrent tellement au visage que même nos mères ne pouvaient plus nous reconnaître et qu’une bande de jeunes vauriens, digne d’Orange Mécanique, nous infligeait comme le Seigneur multipliant les pains. Et avec un nez qui ne ressemblait plus à l’espèce des hominidés, et une face bien amochée à faire peur même les gueules cassées de la grande guerre, logiquement on se fit une raison de notre tranche de Tagada tsoin-tsoin et se servit dorénavant du papier du quotidien uniquement pour emballer nos poissons ou pour embourrer nos bottes car ça caillait pas mal dans ce pays sans foi ni loi…
