Sur le boulevard que seules des présences fantomatiques descendaient ou remontaient avant de s’évanouir, Hunter S. Thomson allongé sur un transat en laiton, savait que prochainement, le glas des Années X allait sonner ; sur les bas-côtés le givre recouvrait des copeaux de bois qui devenaient phosphorescents quand les lampadaires de cette cité légendaire se rallumaient.
Thompson savait que tout ce beau monde était à présent sous terre, ce qui lui semblait une bonne chose ; mais malgré tout quand il voyait passer quelques citadins bravant le danger et le froid glacial il ne manquait pas de se plonger dans des rêveries surprenantes, qui par bribes dévoilaient les zigzags d’un jeune poète apprenti et ivre et qui d’autres fois se bornaient à le mener en haut des marches de la criée du faubourg George Dawson. Et quand ce brouillard à couper aux couteaux s’était dissipé, quand les panneaux indiquant l’endroit où il se trouvait le situaient au Bahamas, il comprit que la route la plus longue, le chemin le plus escarpée pour retrouver les habitants de cette ville solitaire, n’était pas si interminable que ça.
