Nastasia s’était tue, m’avait souri puis m’avait parlé, après un moment silencieux, des lendemains de cuite précédant souvent ses tournées et qui ne diminuaient en rien les mélancolies maussades car à l’époque où elle chantait elle fouillait presque les poubelles pour survivre ; elle appartenait au mouvement punk et avait testé quasiment toutes les drogues mais elle me confia que d’après elle, seule l’Hélicéenne, un stupéfiant que je croyais imaginaire, permettait de ressentir entièrement toutes les idées, toutes les pensées et toutes les émotions ainsi que les sentiments de la large communauté des humains. L’Hélicéenne se calquait avec nos sentiments et émotions, tous en symbiose et ne recevait, malgré tout, au mieux de l’indifférence au pire des moqueries et des humiliations quand on demandait où on pouvait en trouver.
Mais ce matin il avait neigé sur Lima, Lima s’était épris de ce grand silence de glace et moi d’une fille qui aurait bien aimé vivre à l’époque de Kurt Cobain mais était née après la période post-grunge et je ne l’intéressais pas beaucoup avec mon costume cravate bien lavé, mes cheveux bien peignés et bien rangés sagement, mon attachée case trop sérieux et même inutile pour ce boulot imaginaire qu’on nous avait confié dans cette étrange entreprise : on devait classer les têtes des crevettes mutantes par leur grosseur, leurs échauffourées aussi, ce qui était encore davantage kafkaïen comme job, pour savoir si le roi de ce fou fortuné et étant notre patron jouant pratiquement tous le temps, était en échec et mat…
