Poésie surréaliste NotesMat15

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Baudelaire dans ses oeuvres

Les désastreuses aventures de Charles Baudelaire, un soir, basculèrent brutalement dans le paranormal : il devait être trois heures du matin, il ne se souvenait plus vraiment comment il était arrivé là, gisant sur le tapis du salon, entre la table basse et le canapé, mais il mastiquait encore un chewing-gum qu’une secte de deuxième ou de troisième zone avait fabriqué et présentait dans un écrin nacré ; son équipe était en ce moment en train de travailler nuit et jour pour ressusciter le spectre de l’Ordre des Poètes. Ils s’étaient récemment trouvé une arrière-salle dans un bar en périphérie et même qu’une servante toute éméchée les avait aidés à négocier le loyer avec le propriétaire… Elle était en train de s’éloigner cette nuit-là au petit trot, le pourpre aux joues, de ces ruelles obscures où de pauvres maraudeurs pataugeaient dans une boue glacée. Tout suffocant et blême Baudelaire la croisa, en sortant dans la rue complétement ahuri et pensa qu’elle avait vraiment du chien.
Mais plus tard, dehors comme à l’Ordre des Poètes, on ne parlait que de ces prairies ayant envahi en un éclair le Champ de Mars, les Champs Élysées et même les buttes de Montmartre où des filles charmantes, quoique très dépressives, se débarrassaient de tous leurs vêtements pour courir nues sous la lune ; quand elles n’étaient pas vêtues d’un simple négligé, on se souvenait, dans le club des poètes, que ses muses aussi fières que guerrières avaient dansé sur les cendres encore chaudes d’un bûcher – les reliques d’un brasier que des raveurs avaient allumé en l’honneur de l’anniversaire de Charles Baudelaire.