Pour amplifier les effets du white-spirit, j’ai creusé dans mes méandres cérébraux et j’ai alors compris que tous ces Pingouins dans les champs n’attendaient qu’à incendier le masque mortuaire que je portais.
Je pouvais voir le dos dénudé de Cass, une très belle fille comme on n’en trouve plus, et alors, admirer ou m’horrifier de sa cicatrice aussi étrange que les faisceaux crépusculaires tombant en altérant les cieux de ce petit matin. Je pouvais goûter, en l’imaginant seulement, son arôme de pluie verte et salée ; d’un goût d’avant-garde, à la floraison monstrueuse et libre de toutes spéculations boursières…
Cass, la submersion du Nautilus, quand Bukowski se défonçait comme une brute à la Vodka, Cass avec le vent du côté de Pigalle, avec, dans les wagons, d’autres pingouins se défenestrant ou s’ouvrant la gorge comme elle aussi… bien sûr il y avait toujours des livres pour surmonter un deuil ou pour apprendre à se défenestrer, mais s’amocher ne faisait qu’embrunir la légende : cette nuit où l’enregistrement de l’onde radio annonçant son retour avait fait sursauter bien des Dogmes.
Et, par un beau matin d’hivers méchants, sa noble incarnation n’était plus qu’un point lumineux sur les écrans des ordinateurs ; et sur son écran d’ordinateur qui contrôlait les wagons impériaux, des fleurs virtuelles retrouvèrent leur strass, leur jeunesse et leur beauté.
L’onde radio était brouillée, et ce soir-là les visages étaient flous, seule sa voix résonnait dans un grésillement plus ou moins audible. Il ne restait plus qu’une seule et même genèse pour commencer l’oraison funèbre : sa mort, sur des terres grouillantes de faux novateurs, d’inauthentiques révolutionnaires, en mai, avait délivré la fin de la floraison de ces fleurs maladives, vêtues uniquement pour fouiller des poubelles ; après son décès, bien des tropiques s’approchant trop près de la fournaise ne purent qu’épancher leur soif de violence ou – au contraire – leur soif de mansuétude, et peut-être même pour finir la semaine sans Cass dans le bar de ce cher Bukowski.
