Poésie surréaliste NotesMat15

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Le livre des morts extravagants

Avec un luxe de détail presque choquant – aussi choquant à bien des égards qu’une surabondance de ponctuation dans une page de littérature – il était écrit que le prochain terroriste était voué à l’échec et qu’il avait tenté à de nombreuses reprises vaines de retranscrire dans le Livre des Morts, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Livre des Morts sa mystérieuse maladie.

Depuis son lit, il en avait vu passer des mascarades et des carnavals de médecins extravagants dont la réputation courait jusqu’à l’arrière-pays bavarois. Le luxe ultime pour ce lettré, que les plus fortunés redoutaient, était de les snober, ce qu’il faisait avec panache. Malgré ça, il continuait d’écrire.

Notamment pour un journal dissident, underground affrontant sereinement la survie menacée et plus qu’improbable des scribes qui l’avaient édité sans lui et sans son accord…  et dans ce Livre des Morts où une simple poignée de porte en cuivre était dessinée c’était enfin la description, la fin de son rêve où il croyait fiévreusement tenir quelque chose, en tout cas autre chose que ses carnets énigmatiques ne laissant que de place au mystère enfanté par son labeur à noircir des pages et des pages.

Existaient-il vraiment ces mystérieux secrets qu’il tenait tant à cacher dans ses ouvrages ? Avaient-il été l’amorce, ces écrits, comme sa volonté d’en finir avec l’ancien système, d’une production littéraire extraordinaire ou est-ce que ce livre dont tout le monde parlait actuellement n’appartenait qu’au triste registre du Livre des Morts ?