Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Littoral informatisé et sibilantes funèbres

Une nouvelle saison débutait. Afin d’entrer en contact avec n’importe quelle machine dotée d’une intelligence artificielle, mon job consistait uniquement à s’abrutir dans l’atmosphère feutrée des brûleries disséminées aux quatre coins de la ville.

Pour le décor, avec d’autres hommes ivres et affalés sur des chaises de métal, de part et d’autre noyées sous les immondices et les déchets ne cessant de décroître, nous étions en transe avec les processeurs des ordinateurs les plus sophistiqués… Et allaitions leur mystère sans s’affoler quant aux conséquences ; mais les disques durs brûlants qui radiodiffusaient notre télépathie d’ivrognes, ne relevaient plus les nombreuses erreurs de tous ces algorithmes.

Cependant nous étions arrivé malgré tout à programmer, au bout de seulement dix minutes, des hacks informatiques sur l’interface des sites pour touristes, notamment ceux des agences de voyages, nos introspections télépathiques de serpillères de tavernes étant alors à son comble…         

Descendant jusqu’à des bas-fonds qu’on s’ingéniait à comparer à la grande avenue des orangers semblant monter sur ressort ces derniers temps, quand on décuvait enfin, nous lancions alors une restauration de tous les systèmes informatiques. Et parmi d’autres gens soûls comme nous, ces familles de paysans qui autrefois nous avaient fourni le gîte et le couvert, nous embringuait à nouveau dans la guerre du digital mais ne paraissaient que s’interférer dans des disputes sans fin à propos des déhanchements plutôt hasardeux qu’on ne voyait que dans les clubs de striptease du côté de leur terroir paumé. Autant dire l’air était électrique. Et que ce conflit informatique nous canulait plus qu’aucun autre hacker.

C’était une cité d’anciens chercheurs d’or qui avaient tellement dragué le fond du seul lac de la contrée qu’ils s’avilissaient maintenant, sans en prendre conscience, avec de douces katchinas aux visages de porcelaine, et je crois bien qu’ils se seraient entretués pour cabotiner au-delà du soutenable avec elles si seulement l’une d’elles les avait congédié… ils aimaient s’alcooliser avec ces filles dénudées mais quand même un peu soucieux pour leur boulot, ils s’arrangeaient avant leur besogne pour télécharger des enseignements de ju-jitsu dans le cerveau de tous ces démagogues d’avant-garde et surtout de tous ces maquereaux les payant grassement pour cette tâche.

Ils arrivaient toujours éméchés mais pleins aux as, et aussitôt on leur proposait dans ces bordels un énième kir et de quoi s’amuser pour longtemps, de quoi assouvir leurs pulsions bestiales, calmer leurs fiertés viriles ; mais cette nuit allait être bien différente des autres et s’ils avaient eu le nez fin, ils auraient bien évidemment anticipé ce qui devait se produire. Car, alors qu’ils éclusaient encore au petit matin pataugeant dans la fange et le sang, dans la sueur et la pisse, ils rencontrèrent tout le personnel de la prison du coin qui suivait d’étranges convois funéraires : il y avait en effet des caravanes entières de croque-mort et de macchabées, à l’intérieur ; ce qui était, même pour les plus abrutis d’entre eux, les déchets les plus nocifs de cette petite société en vase clos, un funeste présage et surtout un avertissement sérieux à l’égard de tout ce qu’ils devaient attendre de cette vie de débauche et de dévouement au règne de l’IA.