Poésie surréaliste NotesMat15

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La route et les jeux d’échecs

J’avais envie de voyager dans la noirceur des nuits d’hiver ou sur les rives de la Wimerra tandis que les grues cendrées et les ibis ou les gnomes, poussaient par leur télépathie nerveuse les pièces les plus rares et les plus racées des jeux d’échec s’étirant indéfiniment pendant toutes ces nuits blanches.

De simples mais redoutables stratégies alors que je continuais de classer les hôtels et les auberges de jeunesse à écumer, ignorant leur science des ouvertures pour mettre rapidement en échec et mat le roi de mes adversaires. Et qui avait été élaborée selon un système très sophistiqué, trop sophistiqué pour que je puisse comprendre l’avancée de leur fou, de leur tour ou de leurs cavaliers ; et ainsi je me perdais dans cette onirique procrastination à prendre la route ou au moins la dame de mes rivaux.

À l’heure où la nuit était la plus froide, je me perdais dans des tableurs Excel et des tableaux Word, tout ceci pour positionner mes pions sur l’échiquier dans un endroit sûr et afin que mon premier périple loin du monde occidental ne soit pas un fiasco et j’en avais ma claque. Alors j’envoyais tout valser. Je devais écrire ce texte ou finir par gagner contre l’intelligence artificielle, avant de partir dans la nuit aussi noire que ces étoiles ne brillant plus.

J’avais depuis longtemps commencé à faire mon sac à dos, rangé mon jeu d’échecs dans la remise et abandonné toutes idées de revanche sur une énième partie perdue mais la situation tournait rapidement à mon désavantage. Je pensais à cette femme collante, à ces objets que je ne possédais pas mais qui me possédaient, à mes kopecks qui retentissaient trop bruyamment au fond de ma poche, à mon manque d’imagination, mais aussi à mon absence de tactique pour vivre et courir sur les grands chemins, pour faire tomber ce roi qui ne devait pas sa force et son invulnérabilité au hasard !