Poésie surréaliste NotesMat15

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Farine de pieuvres

J’ose faire d’un lys une rose, d’un cépage, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, une amertume de soleil frangé d’une dentelle noirâtre. J’ose faire, sur les bords de la Seine ou du Rhône, d’un rhum un liquide amniotique se berçant à la lueur des bougies.

J’ose faire, malgré les pluies diluviennes, d’un récit, la représentation d’un acteur de théâtre japonais, le No ; j’ose faire des spécimens, ramenés des longues excursions au fond des cavernes ou des tranchées, des couples d’orfèvres ou d’oies sauvages. Et des organes de jars et de laies, des organismes aux battements de coeur les plus affolants ; j’ose faire de la douleur et de l’évanescence des défunts de fausses chinoiseries… et des étudiants au look destroy se retrouvant sur les pelouses bien vertes des universités américaines, de grands poissons d’abysses au gosier de nacre !

Et pour mêler et mélanger tout ce monde, j’ose faire du liège une intrigue éprouvant le récit, et des tranchées, accouchant d’une excitation blanche, un halo qui « jadis » a été obtenu en fermentant de la farine bouddhique de pieuvre dans la baignoire du Grand Festin Nu.

Et de cet halo, que l’on ne peut assouvir pour cause d’absence prolongée au foyer familial, j’ose faire une poupée soviétique et russe, étant soigneusement décrite entre les pages des Aventures de Lucky Pierre, ou d’un bouquin de Dosto ; enfin pour court-circuiter le système, j’ose faire encore de cet halo les figures symboliques du radeau de la méduse, démantelé par la quintessence érotique d’une figurine vaudou…