Poésie surréaliste NotesMat15

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Le nombril de Dostoïevski

Le champ lexical des sémaphores lorsqu’on s’enfuit d’un kebab ou de l’hôpital et commencer notre road trip carnavalesque en ouvrant enfin la cage : nager alors sous la mer de cellophane, sous les océans portant nos corps seulement entre deux rades.
Le champ lexical de la vitesse, de la fuite, des explosions, et des jaguars quand le peuple primitif souffre de dysenterie, et dans la caisse, dans le coffre, des quartauts d’essence, des tonneaux de nitroglycérine, car nous filant à travers des paysages marécageux qui clabotent en exhalaisons macabres, en entonnoir immonde.
Alors le champ lexical de ce sang de scorpion qu’on verse dans un vase en le mélangeant avec un liquide amniotique et qui nous fait dorénavant relativiser, et coupler les singularités de tous les diadèmes du monde : un retournement de situation que l’on poursuit, dépareillant avec les présentateurs des infos et pour l’imputrescible rapide de la rivière qu’on rêve d’atteindre, chercher des esturgeons dans une sorte de soupe nauséabonde.
Le champ lexical du feu pour qu’une première fois, et sans fin, dans les convois des cafetiers, les sirènes en kimono noir crachent sur les crânes de grès tout aussi noir puis pour préparer un nouveau cycle de vie, ne plus craindre l’heure du réveil, et pour émerger du seul placenta infinitésimal, encore fouiller dans les poches qui viennent de prendre feu.
De prendre feu en nous donnant un monde de corbeaux à conquérir pour enfanter à nouveau les Frères Lumière qui ont vraiment le même nombril que Dostoïevski. Alors prendre le scalpel, la scie et l’écarteur dans le tiroir où, dans notre enfance, on voyait déjà notre père les ranger, et se mettre au travail.