Poésie surréaliste NotesMat15

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L’ivresse de la vodka

Lorsque la nuit verte était tombée sournoisement, on n’entendait que les cinq-cents-soixante-dix-sept lamentations des arbres du parc des pendus et les voyelles de la gamme anglo-saxonne s’étaient ainsi évaporées ; rien ne bougeait dehors, sinon la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou, l’onirisme n’étant pas bien loin cependant et se consacrait à déplorer aussi bien leurs outrances langagières et thématiques que leurs outrages à des dieux qu’on avait enfanté par mégarde.

Après avoir bien trop rampé dans les dédales souterrains pour attraper la bouteille de vodka, l’un de ces divinités, le dieu de la force qui n’avait d’intérêt que de disparaître dans les remous, les méandres, les courts-circuits, les interfaces des ordinateurs qu’on ne méritait pas de commercialiser, était à nouveau apparu. 

Avant d’émettre d’inauthentique interférence informatique et virtuelle sans avoir pris le temps de déambuler en costume de ville usé et trempé sous les pluies diluviennes (ce qui lui aurait donné un surcroît de charisme) il semblait complètement largué et dépassé ; mais j’avais vu la porte de mon appartement s’entrebâiller tout doucement, et, par l’étroite ouverture, j’avais aperçu ses deux yeux brillants se fixer sur moi avec une expression que l’on ne pouvait définir dans notre système aussi bien littéraire que spatio-temporel ; il y avait aussi sur le palier, comme une vieille usurière se finissant à la vodka, la déesse paumée des années sidérales qui se vantait malgré tout de tenir bien l’alcool mais, entre temps, le dieu des poèmes révolutionnaires était enfin né… mais rien ne venait : pas même ses muses qui avaient substitué à la noirceur des cuites d’été ou d’hiver un peu d’inspiration ne méritant qu’à être rapidement oubliée.