Le mal des anguilles et des serpents noirs commençait à lentement se matérialiser, notamment en s’immisçant dans le travail minutieux des orfèvres ou dans les wagons-citernes… cependant, il s’avitaillait pour l’instant uniquement dans les kiosques où les bocks des amoureux lors d’un seul soir de noce se remplissaient tout seuls ; des amants qui se battaient entre eux et simultanément se languissaient de l’arrivée d’un nouveau hologramme sur les murs de leur ville ou apparaissant à travers les yeux évanescents des nomades vivant dans des yourtes.
Le mal des anguilles languissantes et des serpents noirs s’était dissimulé dans l’une de leur garçonnière et palangrait les sommets du Kilimandjaro sans les gravir ; et je crois qu’il était en mesure de sévir à son compte et à Bangkok, baignant dans le formol putréfié où tout le b.a.-ba euphorique des thèmes pour gentilhommes un peu artistes semblait être largement désuet ou un zeste suranné pour ces curieuses soirées où l’on stockait des krills mutants dans des bocaux à transcender tous les jeux de hasard…
Mais il n’était contagieux que pour les joueurs d’échecs chutant avec leur roi blanc, les fans d’Hugo Pratt ne voulant que quintupler les péripéties érotiques de son héros, les muses sacrées, les meilleurs poètes contemporains mais il n’y avait pas d’autres victimes à déplorer. Lorsqu’il vit sa représentation dans les bandes dessinées, les mangas de Kostroma, l’humanoïde ulcéré par tant de plagiat, l’une de ses victimes retrouva la santé, et soutenu par ses voisins, devint une icône de la mode…
Pour l’embaucher une troupe d’acteurs, que le diable avait jadis éclipsé des scènes en jouant son dernier va-tout, avait installé sur des milliers de kilomètres des tréteaux aux planches flasques, et surtout elle lui promit de lui révéler maintes prophéties féeriques, des desseins fulminant déjà avant d’être nés, avant de trahir un célèbre pacte certes un peu barbare… Ce pacte, d’après les rumeurs, se trouvait déjà il y a fort longtemps sur les pierres de Rosette qui se vendaient mal en ces temps troublés, et clôturait enfin le mal des anguilles dont les historiens non sans vergogne s’étaient octroyé l’héritage incandescent…
