« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
Elles en décrivaient des arrière-goûts d’esquimaux givrés dans leur mémoire ultrasophistiquée, ces nymphettes licencieuses, sans doute uniquement pour affirmer la place du feu. Ce feu, dans les ténèbres, pour honorer tout ce temps perdu à rester sage et conformiste… et cette époque où elles étaient tellement belles, tellement jeunes, tellement folles au point de dénouer les cheveux de leurs victimes de ces rubans cousus avec du fil d’or !
Sous le pâle soleil du matin, dans le quartier où l’on ne voyait que des Rolls-Royce, leur Esprit, leurs univers aux tentacules qui grappillaient des métaphores visuelles, avaient dissipé les vieux malentendus. Ces malentendus qui foisonnaient dans les romans des cinéastes et qui avaient choisi comme domicile céleste une marmite pleine de rubis ou un simple asile d’aliénés. Sur leur trente-et-un, les Rolls-Royce avaient peur de ces grands brasiers qu’elles allumaient sans même y penser, et plus loin, après le désastre, il y avait aussi deux chaises longues à l’abandon que leurs peaux de licornes en s’asseyant dessus avaient désagrégé, et un peu plus loin encore où l’herbe avait commencé à repousser, des ombres que les azalées noires affaiblissaient étrangement : les fantômes de leurs amants qui avaient sûrement délaissé ces chaises pour admirer leur ultime coucher de soleil, debout devant des paons lourds de peine et d’une blancheur laiteuse surprenante !
