Poésie surréaliste NotesMat15

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Les crevettes mutantes

Les drôles de crevettes mutantes perdues dans le feuillage des palmiers interprétaient les méplats d’une sculpture qui hantait une belle allée comme une démarcation figée entre la mer et la route. Et un brouillard dense avalait les néons jaunes et bleus de la ville basse et des halos épatés dans l’atmosphère, aveuglants et menaçants, plongeaient ensemble dans le gouffre qu’elles avaient indigné par leur osmose carrément archaïque.

Des petites rafales de brise fraîche vinrent caresser les facettes de leur trouée de verre. La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Mais les crevettes avaient cet avantage qu’elles la ponctuaient de visions de thaumaturge, alors je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette.

J’avais besoin de la présence réconfortante d’une femme, d’une double dose de rhum paille, du sous-sol d’un zinc qui pourrait révéler l’océan et son abstraction, de voir leur reptation et celle de l’archange flashant sur ces teignes visqueuses, toujours sur sa gauche… Au loin on pouvait entendre la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou. Au-dessus des palmiers, un beau balcon longeait la côte qu’elles regardaient mélancoliquement, regrettant de ne pas avoir réussi à m’inculquer leur savante et sentencieuse justice, à embrunir tous les cumulo-nimbus les mouvementant malgré tout avant de faire tomber la pluie !